"Ambulance": pan pan, boom boom, vroom vroom… la recette n’a pas changé

Michael Bay dans ses œuvres, pour un hommage à Los Angeles et au Hollywood des années 80.

Vétéran de la guerre en Afghanistan, Will Sharp (Yahya Abdul-Mateen II) se bat pour tenter de faire opérer sa jeune épouse, qui souffre d’un cancer, après avoir donné naissance à leur premier enfant. Alors que son assurance santé refuse de débourser les 230 000 dollars nécessaires à une chirurgie expérimentale, Will n’a d’autre choix que de se tourner vers Danny (Jake Gyllenhall), son frère par adoption. Ça tombe bien, ce dernier a besoin de lui pour cambrioler la L.A. Federal Bank, au centre de Los Angeles : un coup à 32 millions de dollars !

Quand le braquage tourne à la fusillade généralisée avec le LAPD, Will et Danny ne peuvent rien faire d’autre, pour s’enfuir, que de prendre en otage une ambulance et ses passagers : l’infirmière Cam Thompson (Eiza González) et le jeune policier qu’ils viennent d’abattre. Si les deux malfrats ne veulent pas écoper de la prison à vie, voire d’un jugement anticipé et définitif rendu par la horde de flics à leurs trousses, pressés de venger leur collègue gravement blessé, ce dernier doit impérativement rester en vie…

Remake à toute berzingue

Ambulance est le remake américain d'Ambulancen, réalisé par le Danois Laurits Munch-Petersen en 2005. Sauf que d'un thriller psychologique en temps réel d'1h20, dans le huis clos d'une ambulance en route, Michel Bay tire un film d'action bourrin de plus de deux heures…

Si le cinéaste américain s'amuse avec de nouveaux joujoux technologiques - il use et abuse notamment des plans aériens au drone -, il reste fidèle à son style, disons pompier, pour rendre hommage au courage des forces de l'ordre et de cette belle ambulancière latino (la Mexicaine Eiza González, vue récemment dans I Care a Lot aux côtés de Rosamund Pike). Et ce avec ce premier degré ras des pâquerettes qui le caractérise. On a ainsi droit à une opération, les tripes à l'air, dans une ambulance lancée à toute vitesse ou à un final dégoulinant de bons sentiments patriotiques mis en scène à la truelle.

À 57 ans, le réalisateur de Bad Boys , Armageddon, Pearl Harbour ou Transformers fait en effet toujours dans le lourd. La recette n'a pas changé : pan pan, boom boom, vroom vroom… Avec une réalisation toujours aussi pétaradante : plans elliptiques, mouvements de caméra tournicotants, explosions à tout-va… Sans oublier ces placements de produits dont Bay a le secret. Ainsi d'un, improbable, pour les sandales Birkenstock !

Sauvé par l’autodérision

Dans la première partie du film, alors qu'une bonne demi-douzaine de voitures de police ont déjà fini dans le décor, un personnage secondaire dit au commissaire chargé d'arrêter l'ambulance en fuite : "Voilà une course-poursuite qui coûte cher !" Michael Bay fait montre, là, d'un joli sens de l'autodérision. C'est exactement ce qu'il a dû dire, avec sa casquette de producteur, au Michael Bay réalisateur, à propos de ce blockbuster hollywoodien boursouflé de testostérone et au sous-texte vaseux sur la figure du héros et sur l'identité américaine.

C'est cette autodérision qui sauve Ambulance, en en faisant presque un plaisir coupable… Notamment quand Bay s'auto-cite, reprenant dans la bouche d'un policier une tirade viriliste de Sean Connery dans The Rock, son deuxième film en 1996. "The Rock, ah oui l'acteur, qui était catcheur avant !", lui répond son jeune collègue, qui n'a jamais entendu parler de ce film d'un autre âge…

Reste également un vrai cri d'amour à Los Angeles, à sa population bigarée, à son Downtown délaissé, à son impressionnante skyline, à sa rivière-égoût en plein air (qui a tant inspiré le cinéma, de Chinatown à Drive), à ses quartiers industriels délabrés, à ses innombrables nœuds autoroutiers… Un cri d'amour, par-là même, à une certaine esthétique hollywoodienne eighties, dont Michael Bay est le fidèle héritier…

Ambulance Film d'action De Michael Bay Scénario Chris Fedak Photographie Roberto De Angelis Musique Lorne Baffe Avec Jake Gyllenhall, Yahya Abdul-Mateen II, Eiza González, Garret Dillahunt, Keir O'Donnell… Durée 2h16.

"Ambulance": pan pan, boom boom, vroom vroom… la recette n’a pas changé
©D.R.