"Le Sommet des dieux": un Everest de l’animation

Patrick Imbert imprime un style propre à son adaptation du manga fleuve de Jiro Taniguchi et Baku Yumemakura.

"Le Sommet des dieux": un Everest de l’animation

"Pourquoi escalader l'Everest ?" a demandé un journaliste à George Mallory. Sa réponse est entrée dans la légende : "Parce qu'il est là". Le mystère reste entier quant à savoir si l'alpiniste britannique et son compagnon Andrew Irvine ont atteint le toit du monde, après avoir été aperçus une dernière fois sur sa crête nord le 8 juin 1924.

Cette double question taraude le photoreporter Fukamachi. Lorsqu’un homme un peu louche tente de lui vendre un appareil photo qui aurait appartenu à Mallory, il est amené à enquêter sur une autre légende de l’alpinisme, Habu Jôji, disparu depuis huit ans.

Les recherches de Fukamachi l’amènent à se replonger dans le parcours passionné d’Habu, alpiniste chevronné, obsessionnel mais aussi marqué par une expérience tragique. Fukamachi marchera sur ses traces.

Le récit est précisément découpé entre ces deux parties : l’enquête et l’ascension. La première permet d’explorer les personnalités des deux protagonistes principaux mais aussi de familiariser le profane aux enjeux, techniques et défis de l’alpinisme. De quoi vivre pleinement l’aventure dans la dernière partie du récit.

Le Sommet des dieux est à l’origine un roman de Baku Yumemakura, initialement transposé en bande dessinée fleuve par Jiro Taniguchi. Adapté une première fois au grand écran dans un film live de Hideyuki Hirayama en 2016, il arrive sur nos écrans sous la forme d’un film d’animation signé Patrick Imbert.

Bien qu'il s'agisse d'une coproduction européenne, le film conserve l'esthétique du manga de Taniguchi. On sait que le défunt maganka était un cas à part dans le paysage graphique nippon, lui-même influencé par la ligne claire franco-belge. Son syncrétisme graphique et son parti pris réaliste sont déclinés par Patrick Imbert et son équipe. Principal ajout, les somptueuses couleurs ajoutent une poésie supplémentaire à une œuvre qui magnifiait déjà nature et espaces.

Un film de relief

Malgré une rigoureuse image en 2D, Le Sommet des dieux est bel et bien un film de relief, celui de l'Himalaya, à coups de perspectives, plans multiples et variation de cadre. Des bruitages particulièrement réussis reproduisent la bande-son de la montagne : vent, crissement de la neige, craquement des glaces offrent une profondeur appropriée à ce film épique.

L’envoûtement ne naît pas de quelque fantasmagorie (si l’on exclut une scène pour traduire le manque d’oxygène) mais d’une reconstitution minutieuse.

La quête du film est la même que celle du roman et du manga : la double enquête autour du destin de Mallory et d'Habu est d'abord une quête existentielle sur cet absolu qui pousse des individus à aller toujours plus haut. "Pourquoi ?" se questionne Habu. "Pour se sentir vivre". À en mourir.

Le Sommet des dieux Ascension De Patrick Imbert Scénario Magali Pouzol et Patrick Imbert d'après l'œuvre de Jiro Taniguchi et Baku Yumemakura Avec Damien Boisseau, Éric Herson-Macarel, François Dunoyer,… Durée 1h30.

"Le Sommet des dieux": un Everest de l’animation
©D.R.