"Les mots de la fin": cette conversation sur la fin de vie induit une grande sérénité et même de la joie...

On est cueilli par la bienveillance et l’écoute de cette équipe hospitalière qui apporte paix et soulagement aux patients de la "consultation de fin de vie", à Liège.

On ne s’attend pas à découvrir autant de douceur, de bienveillance et de lumière en pénétrant dans ces lieux. Non pas que l’on doute des qualités humaines de ceux et celles qui travaillent dans cet hôpital public liégeois mais le sujet fait peur, rebute même et on imagine un endroit funeste et sombre, à l’atmosphère pesante. En découvrant ce bureau ordinaire, cette vue apaisante sur les arbres alentour et le visage plein d’humanité et à l’écoute du Dr Damas, on réalise qu’il suffit parfois de peu de choses pour diminuer la souffrance des êtres humains. Et pourtant, ce "peu" est à la fois lourd de sens et de conséquences. Car le fait de parler de sa fin de vie reste extrêmement compliqué et douloureux, malgré le cadre légal qui a été donné en 2002 à cette prise en charge ultime en Belgique. Malgré le soulagement que la possibilité de l’euthanasie procure au patient ou à la patiente qui le réclame et l’apaisement que cela entraîne, finalement, pour les membres de sa famille aussi.

Le film d'Agnès Lejeune et Gaëlle Hardy montre très bien cette étroite ligne de crête sur laquelle patients et médecins cheminent durant plusieurs semaines, plusieurs mois parfois. Le long métrage fait véritablement corps avec son sujet et se révèle aussi respectueux et à l'écoute que sa thématique le demande… En suivant l'équipe interdisciplinaire de ce grand hôpital public, on réalise le travail de fond qui est mené par l'équipe "en âme et conscience" afin de trouver la meilleure solution adaptée à chacun.

Bien-être et humanité

Chaque patient, qui se présente à cette consultation très particulière, y est envoyé par son spécialiste ou son médecin traitant en quête d'un "second avis". Tous sont gravement malades et savent l'issue inéluctable. Car les conditions de la loi sont très claires concernant la possibilité de recourir à l'euthanasie et seules les maladies "graves, évolutives et pénibles" sont concernées.

Lorsque tout a été tenté pour le sauver et que le patient demeure en grande souffrance sans possibilité de le soulager, la seule question qui s’impose parfois est celle de l’aménagement de la fin de vie. Du cadre à poser, des limites à ne pas franchir. Chacun vient en parler, accompagné d’un proche ou pas et cela induit, visiblement, pour les patients une grande sérénité, un apaisement profond après des mois ou des années de souffrance et d’espoirs déçus.

Le bien-être qui en résulte est une découverte étonnante et presque joyeuse car cela confirme une possibilité fondamentale en termes d’humanité : savoir que l’on peut être entendu lorsque l’on est dans la détresse...

Porté par la très belle partition musicale de Greg et Steve Houben, ce documentaire éclaire le travail mené par l'ADMD, l'Association pour le droit de mourir dans la dignité. Avec tact et une distance parfaitement maîtrisée, entre l'intime et l'universel, le film nous donne à voir la lumière qui peut éclairer les chemins de vie les plus sombres ainsi que les questions que cela nous pose en tant qu'êtres humains. Comme celle posée sur la nature de notre société "où il n'y a pas de place pour les personnes fragiles".

Les mots de la fin A l'écoute De Agnès Lejeune et Gaëlle Hardy Scénario Agnès Lejeune Durée 1h12.

"Les mots de la fin": cette conversation sur la fin de vie induit une grande sérénité et même de la joie...
©D.R.