"À l’ombre des filles": Alex Lutz donne des cours de chant en prison dans un drame sensible

"À l’ombre des filles": Alex Lutz donne des cours de chant en prison dans un drame sensible

Chanteur lyrique réputé, Luc Jardin (Alex Lutz) a mis sa carrière entre parenthèses. Cet été, au lieu de faire la tournée des grands festivals, cet homme en deuil a fini par accepter une proposition qu’on lui avait longtemps faite, celle d’animer un atelier de chant dans une prison de la banlieue de Lille.

Pénétrant pour la première fois dans la centrale flambant neuve, Luc Jardin change d’univers. Décontenancé, il fait néanmoins bonne figure face à ses futures élèves, cinq détenues qui ont accepté de suivre son cours. La semaine suivante, elles sont rejointes par Catherine (Agnès Jaoui), taiseuse et solitaire, mais au joli brin de voix. Malgré les a priori des deux côtés de la barrière de la liberté, le petit groupe commence à travailler et fait des progrès.

Contexte naturaliste

Après sa biographie du guitariste de jazz manouche Django Reinhardt durant la Seconde Guerre mondiale (Django en 2017), Étienne Comar change radicalement de style, cette fois à la barre d'un drame carcéral creusant l'intimité de ses personnages. On retrouve bien dans À l'ombre des filles une forme de sacralisation de la musique et la question de la liberté, mais le cinéaste français aborde ici la France contemporaine.

Son film, Comar l'inscrit en effet dans un contexte naturaliste, celui de salles sans âme, de parloirs froids, de cellules exiguës… Celui d'une prison, certes modèle où a pu tourner Comar (près de Liège), mais qui reste un lieu de privation liberté. À l'ombre des filles file évidemment la métaphore de la musique et de l'art comme moyens d'évasion pour ces détenues, campées par une belle brochette d'actrices très diverses, de la Flamande Veerle Baetens à Hafsia Herzi, en passant par Agnès Jaoui.

Les femmes derrière les détenues

On pense forcément au récent Un triomphe , où Kad Merad montait En attendant Godot avec un groupe de prisonniers. Mais là où Emmanuel Courcol optait pour un feel-good movie assumé, Comar reste dans un drame plus classique. Ce qu'il nous donne à voir, à travers ce récit un peu convenu, ce sont les femmes qui se cachent derrière les détenues purgeant leur peine. Des femmes avec leur sensibilité, leur intériorité, leurs désirs…

En contrepoint, À l'ombre des filles dresse aussi le portrait d'un homme blessé par la mort de sa mère, campé par un Alex Lutz à nouveau très juste, très sobre. Un homme qui tente de se reconstruire et se lançant dans une activité inutile aux yeux de son entourage. Pourquoi aller faire chanter du Patrick Juvet à des taulardes, quand il pourrait interpréter Marais, Charpentier ou Couperin sur les plus grandes scènes de France ? C'est pourtant là, auprès de ces femmes à qui la société a tourné le dos, que la star de son petit milieu de la musique baroque va retrouver du sens à son existence et se trouver un rôle dans la société…

À l'ombre des filles Drame carcéral Scénario et réalisation Étienne Comar Photographie Colin Lévêque Musique Arthur Simonini Montage Monica Coleman Avec Alex Lutz, Agnès Jaoui, Veerle Baetens, Hafsia Herzi… Durée 1h46.

"À l’ombre des filles": Alex Lutz donne des cours de chant en prison dans un drame sensible
©D.R.