"Vortex": un film choc sur la fin de vie

Gaspar Noé impressionne avec un drame puissant sur la fin de vie, porté par Dario Argento et Françoise Lebrun.

"Vortex": un film choc sur la fin de vie
©D.R.

La scène est idyllique. Dans un vieil appartement parisien surchargé de livres, d'affiches de films et autres souvenirs d'une longue vie commune, un vieux couple se sourit par la fenêtre, avant de prendre l'apéritif sur leur balcon fleuri. La caméra panote vers un mur. Se font alors entendre les premières notes de Mon amie la rose , puis apparaît une toute jeune Françoise Hardy, chantant face caméra en 1965 le temps qui passe et qui ne reviendra pas. Place au générique : "Avec Dario Argento (1940), Françoise Lebrun (1940), Alex Lutz (1978). Réalisé par Gaspar Noé (1963)."


Spectateur de la déchéance

On retrouve le vieux couple au lit. La femme semble déphasée, ne sachant pas vraiment où elle est. Petit à petit, l'écran se scinde en deux. On suivra désormais en écran partagé le quotidien de cet ancien critique de cinéma - qui travaille sur un livre consacré aux rêves et au cinéma - et de son épouse, ancienne psychiatre atteinte par la maladie d'Alzheimer. Inspiré par la mort de sa propre mère, Gaspar Noé dédie son film à "ceux dont le cerveau se décomposera avant le cœur" .

Si la thématique est la même que celle de The Father de Florian Zeller , Vortex ne propose pas du tout la même expérience au spectateur. Il ne s'agit pas en effet ici de vivre de l'intérieur la décrépitude de la vieillesse, mais au contraire d'y assister quasi en direct, d'en être littéralement le spectateur…

Comme toujours, le cinéaste franco-argentin opte pour un dispositif formel très strict - on se souvient de son film choc Irréversible avec Monica Bellucci et Vincent Cassel en 2002, qui racontait, à l'envers, l'histoire d'un viol. On retrouve par exemple ici son jeu habituel sur les crédits du film, placés en ouverture. Surtout, avec la complicité de son fidèle directeur photo, le Belge Benoît Debie, le cinéaste opte pour l'utilisation du split screen . L'effet est saisissant, mais jamais gratuit, permettant au spectateur de faire le choix de suivre les gestes quotidiens d'un des trois personnages, deux intellectuels parisiens rattrapés par la vieillesse, à qui leur grand fils (Alex Lutz) vient de temps en temps rendre visite.

La fin de vie comme un cauchemar

"La vie est un rêve dans un rêve." Cette citation d'Edgar Allan Poe, que le vieux cinéphile songe à mettre en incipit de son livre, Gaspar Noé la fait totalement sienne. Le rêve, c'est celui que fait le spectateur face au grand écran, quand la salle plonge dans le noir et que démarre le film… Sauf que la fin du rêve se révèle ici un cauchemar pour ces deux vieillards souffrant de la tête, pour elle, du cœur, pour lui.

Deux personnages déchirants, campés par le cinéaste italien Dario Argento et par l'actrice Françoise Lebrun (la Veronika de La Maman et la Putain de Jean Eustache en 1973). Impressionnants de lâcher-prise, tous deux acceptent totalement le dispositif de Gaspar Noé, en jouant à fond de la mise en abîme (notamment avec un effet très fort en toute fin de film) pour prêter leurs corps fatigués, fragiles, au cinéaste.

Signant en quelque sorte son Amour (la Palme d'or de Michael Haneke) , Noé aborde avec une force rare la question de la fin de vie. Plaçant la puissance de son dispositif de mise en scène au service de son récit, le cinéaste réussit pour une fois à faire dialoguer le fond et la forme de façon magistrale.

Vortex Drame dédoublé Scénario & réalisation Gaspar Noé Photographie Benoît Debie Montage Denis Bedlow Avec Dario Argento, Françoise Lebrun, Alex Lutz… Durée 2h35.

"Vortex": un film choc sur la fin de vie
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