"Inexorable": entre couardise et vanité pathétique, Benoît Poelvoorde déploie l’éventail de son talent d’interprète

Avec "Inexorable", Fabrice du Welz revisite habilement les codes du film noir pour révéler un trio à la fois maléfique et magique.

Elle le sent tendu, irritable, inquiet mais Jeanne Drahi (Mélanie Doutey), fille du célèbre éditeur, ne parvient pas à s’expliquer pourquoi son mari est à ce point fébrile. Tout semble pourtant leur sourire : après le succès littéraire, la nouvelle maison et la promesse d’un nouveau roman, bientôt… Du moins, l’espère-t-elle.

Pour l’emménagement dans la grande demeure bourgeoise, Marcel Bellmer (Benoît Poelvoorde) a même décidé d’offrir un chien à leur fille Lucie, qui est folle de joie. Fort à propos surgit une jeune fille, Gloria (Alba Gaïa Bellugi), qui sait très bien se faire obéir d’Ulysse et propose même d’expliquer sa technique à Lucie (Janaïna Halloy Fokan). Peu à peu, en se montrant à la fois amicale et très disponible, Gloria s’immisce au cœur de la petite famille, se rendant bientôt indispensable. Mais un mystère semble planer autour de cette jeune fille arrivée de nulle part qui se met à hanter la maison à la façon d’un spectre (in)discret.

Au bout de 25 ans de mariage, le couple connaît un léger passage à vide et même quelques tensions. Jeanne met cela sur le compte du nouveau livre sur lequel Marcel travaille. Dans ce nouvel environnement, leur fille Lucie se sent très seule, sans amis. Elle s'attache d'autant plus à Gloria qu'elle la considère désormais comme une grande sœur bienveillante. Plus que la solitude de l'adolescente, la jeune femme perçoit le mal-être de son père qui semble en panne d'inspiration. Incidemment, Gloria avoue à Marcel son admiration sans bornes pour son travail et particulièrement pour son premier roman, Inexorable. Le regard admiratif de la jeune femme galvanise Marcel, mais Jeanne commence à trouver le comportement de Gloria vraiment suspect…

Sur le thème de la convoitise et de l’accaparement, Fabrice du Welz compose une trame sournoise qui se resserre sur ses protagonistes à la manière d’un nœud coulant. Plus tous les trois s’invectivent et se débattent, plus Gloria les enferme dans sa nasse. La caméra se joue des recoins de cette maison en travaux, des ombres et escaliers en colimaçon, des fusibles qui sautent et des portes dérobées pour installer lentement un climat d’angoisse.

Un amour littéralement dévorant

À la manière des maîtres du thriller, Fabrice du Welz (Adoration) dépeint patiemment les mécanismes de l'emprise et de l'obsession mentale. Par sa violence larvée, Gloria instille lentement les codes de l'horreur au cœur de cette rencontre d'apparence banale.

Dans cette partition tout en rage contenue et en amour dévorant, Alba Gaia Bellugi (découverte chez Jean-Xavier de Lestrade dans 3x Manon , Manon 20 ans ) éblouit encore. De la jeune femme effacée à l'amoureuse vampirique, la comédienne réussit une transformation impressionnante face à un Benoît Poelvoorde parfait dans le rôle de l'auteur torturé, ployant sous le poids du mensonge et de la culpabilité. Entre couardise et vanité pathétique, l'acteur déploie l'éventail de son talent d'interprète. Admiratrice et écrivain forment un duo électrique, étouffé par les secrets qui les rongent. Jusqu'au déchaînement de tension final qui déjoue les attentes du public et un chemin que l'on croyait, à tort, tout tracé.

Inexorable Thriller domestique De Fabrice du Welz Scénario Fabrice du Welz, Joséphine Hopkins Avec Benoît Poelvoorde, Mélanie Doutey, Alba Gaia Bellugi Durée 1h38.

"Inexorable": entre couardise et vanité pathétique, Benoît Poelvoorde déploie l’éventail de son talent d’interprète
©D.R.