"A Chiara": impossible loyauté familiale

Du point de vue d’une jeune fille, un film très fort sur la ’Ndrangheta calabraise.

Ce soir, Giulia Guerrasio fête ses 18 ans en compagnie de toute sa famille : son père Claudio, sa mère Carmela, ses deux sœurs, Chiara, 15 ans, et la petite Giorgia. Sans compter les oncles, les tantes, les cousins… La bonne humeur est de mise. Mais, durant la nuit, la voiture du père prend feu devant la maison et celui-ci file en douce. Le lendemain, la mère fait comme si de rien n’était. Mais Chiara est déterminée à comprendre ce qui se passe et mène l’enquête pour retrouver son père et comprendre qui il est réellement…

Avec A Chiara, Jonas Carpignano boucle une trilogie calabraise entamée avec Mediterranea, sur l'arrivée d'un migrant africain en 2015, suivi de A Ciambra en 2017. Produit par Martin Scorsese, ce dernier avait décroché les David di Donatello du meilleur film et du meilleur réalisateur. Dans son troisième long métrage, le jeune cinéaste italien retrouve la petite ville portuaire de Gioia Tauro, au nord de Reggio di Calabria. Si l'on croise à nouveau la communauté Rom, qu'il mettait en scène dans A Ciambra, il situe cette fois son récit au sein d'une famille italienne traditionnelle. Sinon que celle-ci est liée à la très puissante 'Ndrangheta…

Tragédie familiale

Encore un film de mafia italien donc. Sauf que Carpignano choisit un angle assez inédit, non pas celui des truands ou des flics, mais celui d’une jeune fille qui se retrouve prisonnière des choix de sa famille. Aimant passer du temps à la salle de sport, traîner avec ses copines sur le front de mer, Chiara ne demande rien d’autre qu’être une gamine comme les autres. Mais la voilà obligée de subir les conséquences des actes de ses parents et de faire un choix cornélien entre rester loyale à sa famille et choisir le bon chemin…

Carpignano est né et a grandi à New York, où il a fait ses études. Il en a gardé un goût pour un cinéma efficace. Grâce au formidable travail sur la photo (souvent nocturne) de Tim Curtin et à la partition soignée cosignée par l'Américain Benh Zeitlin (le réalisateur des Bêtes du Sud sauvage), le cinéste livre un thriller intime d'une grande intensité, ne quittant pas d'une semelle sa jeune héroïne, campée par la lumineuse Swamy Rotolo.

Si cette tragédie familiale fonctionne à ce point, c'est non seulement parce que Carpignano prend soin de conserver sans cesse le mystère sur les événements - on n'en sait jamais plus que Chiara elle-même -, mais aussi par un procédé inattendu. Cette famille Guerrasio est en effet interprétée par… une vraie famille. A Chiara ne raconte évidemment pas la propre histoire des Rotolo, mais le cinéaste utilise à merveille ses dynamiques internes au service de sa fiction. Que ce soit dans la complicité au quotidien, dans les scènes plus sentimentales - comme ce père incapable de tenir un petit discours à l'anniversaire de sa fille - ou les plus dramatiques - quand Chiara prend conscience de la véritable nature du travail de son père -, tout sonne toujours parfaitement juste. Jusque dans un final déchirant.

A Chiara Drame mafieux Scénario et réalisation Jonas Carpignano Musique Dan Romer et Benh Zeitlin Avec Swamy Rotolo, Claudio Rotolo, Grecia Rotolo, Carmela Fumo… Durée 2h01.

"A Chiara": impossible loyauté familiale
©D.R.