"Hit the road": comment se dire adieu ?

Pour son premier long métrage, Panah Panahi, fils de Jafar, filme l’envol d’un jeune homme qui quitte sa famille, son pays…

Une voiture est arrêtée au bord de la route. Un homme et une femme y sont endormis. Un enfant pianote sur le plâtre de son père (Hassan Majooni) mais nous pouvons tous entendre l’air qu’il fredonne dans sa tête. Ce moment de calme et d’abandon est aussi celui de l’attente. Une véritable épreuve pour ce gamin qui reste difficilement en place et tient régulièrement tête à ses parents que l’on sent inquiets, préoccupés.

À bord d’une jeep louée, cette famille entame un mystérieux voyage : le père, la mère et leurs deux fils, accompagnés de leur chien malade. Drôle d’équipage. Le ton monte lorsque la mère (Pantea Panahiha) découvre que le plus jeune de ses deux enfants a emporté son portable malgré ses consignes. Elle se fâche et court l’enterrer dans l’implacable désert iranien. Le gamin se débat puis se résigne, admirant au loin les collines à tête de lions ou de grenouilles. Au cours de ce voyage insolite, il est le seul à pouvoir si facilement se distraire du lendemain qui vient. Ils ont beau rire, chanter à tue-tête et plaisanter à bord de la voiture, on sent une menace planer sur l’habitacle sans bien savoir d’où viendra le danger…

Une famille face à la séparation

La grande force du réalisateur Panah Panahi, fils du célèbre Jafar Panahi, est de nous transmettre cette fébrilité dès les premières minutes faussement paisibles de son grand voyage vers l’inconnu.

Les spectateurs ont beau être sur le qui-vive, ce trajet hors du temps leur réserve de nombreuses surprises et les moments de poésie qui jalonnent la route touchent droit au cœur, à travers les histoires que cette famille se raconte, les refrains des tubes qu’ils chantent en chœur ou les paysages qu’ils découvrent. Ce qui frappe surtout, c’est la façon dont chaque adulte tente de détourner l’attention du jeune frère (Rayan Sarlak) du drame qui se noue… Croit-il vraiment que Farid (Amin Simiar) part se marier ?

Pistaches, amoureuses secrètes, super-héros et pipi au lit : Panah Panahi se joue de tous les petits détails qui font le quotidien et la singularité d’une famille… Autant de faits, en apparence anodins, qui contribuent à la cohésion du groupe et sont mis à mal lorsque l’un de ses membres est poussé à le quitter.

Entre film musical et road movie, Hit the road égrène ces chansons d'amour et de séparation iraniennes qui disent mieux que les mots la peur et la tristesse qui les habitent tous les quatre.

Derniers moments emplis d’émotions, dernières discussions pleines de retenue entre un père et un fils coincés dans les rôles qu’ils se sont assignés, peinant à s’en détacher même lorsque l’heure des au revoir a sonné. La caméra de l’Iranien capture le vent dans les arbustes, les immenses étendues verdoyantes, les paysages magnifiques pour mieux dire l’impuissance de cette famille face à une situation qui la dépasse et traduire leurs sentiments contrastés qui se révèlent notamment à travers leurs songes. Par petites touches, au fil des notes et d’images pleines de mélancolie, on se dit que Panah Panahi a bien fait de défier tous ceux qui pensaient qu’il était inutile de tenter de se mesurer au cinéma de son illustre père…

Hit the road Road movie De Panah Panahi Scénario Panah Panahi Image Amin Jafari Avec Hassan Majooni, Pantea Panahiha, Amin Simiar, Rayan Sarlak Durée 1h33.

"Hit the road": comment se dire adieu ?
©D.R.


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