"Tromperie": Léa Seydoux trouve peut-être ici son meilleur rôle

Arnaud Desplechin signe une adaptation parfaite de Philip Roth, avec deux acteurs époustouflants : Léa Seydoux et Denis Podalydès.

Expatrié à Londres, Philip (Denis Podalydès), écrivain new-yorkais adulé, passe ses journées dans son grand bureau à écrire, mais aussi à recevoir sa jeune maîtresse anglaise (Léa Seydoux). "Ferme les yeux et décris-moi la pièce", lui demande-t-il. Se couchant sur un "tapis d'exercices adultérins", la jeune femme s'exécute. Elle décrit le bureau, la chaise, l'homme qui y est assis, la fenêtre, les moulures au plafond et la bibliothèque, emplie de "livres par, sur et pour les Juifs"… Le romancier et la jeune femme font l'amour, discutent, se séparent.

Philip retrouve sa femme (Anouk Grinberg), téléphone à une amie malade à New York (Emmanuelle Devos) et il revoit la jeune femme, continue de l’écouter, prend des notes dans son carnet… Peut-être un jour tirera-t-il un livre de toutes leurs conversations ?

Une adaptation parfaite

Mais où est Mathieu Amalric ? On est chez Arnaud Desplechin et son double a l'écran n'est pas là. Quand on l'interroge à ce sujet, le cinéaste répond par une pirouette : Non, Amalric, ce serait Nathan Zuckerman, le double de Philip Roth. Or, Desplechin adapte ici Tromperie (Deception), premier livre où Philip Roth se mettait en scène sous son vrai prénom. Quelle est la part du vrai, du faux ? Difficile à trancher, mais ce n'est pas cela qui intéresse d'abord le cinéaste.

Cela fait au moins 15 ans que Desplechin bloquait sur cette adaptation de son auteur fétiche. C'est finalement le confinement qui lui a permis de trouver la solution. Celui-ci l'a en effet forcé à aller à l'épure, à travers une mise en scène très sobre, voire abstraite par moments - quand il s'agit, par exemple, de figurer Prague par de vieilles images d'archives défilant derrière les acteurs. De quoi permettre au réalisateur de se concentrer sur ce qui le fascinait dans Tromperie : la relation entre l'écrivain juif et sa maîtrise "gentille". Une relation amoureuse et intellectuelle, où chacun s'enrichit, permettant à l'autre d'offrir le meilleur de lui-même.

Tout n'est ici que convention et pourtant on ne doute pas une seconde - c'était pourtant pas gagné d'avance… - que Podalydès soit effectivement un Don Juan américain tombant toutes les femmes. Ni que Léa Seydoux - qui jouait déjà dans le précédent Desplechin, Roubaix, une lumière , et qui trouve peut-être ici son meilleur rôle - puisse faire totalement tourner la tête d'un monument de la littérature. Et cela grâce à une mise en scène fluide d'une grande sensualité, d'un vrai érotisme, qui caresse les corps des comédiens. Mais aussi grâce à la langue de Philip Roth et peut-être plus encore à sa traduction en français, qui contribuent à faire de Tromperie un grand film sur les relations amoureuses, mais aussi sur les ressorts de la création littéraire.

Tromperie Comédie amoureuse De Arnaud Desplechin Scénario Arnaud Desplechin et Julie Peyr (d'après le livre de Philip Roth) Photographie Yorick Le Saux Musique Grégoire Hetzel Montage Laurence Briaud Avec Léa Seydoux, Denis Podalydès, Emmanuelle Devos, Anouk Grinberg, Rebecca Marder… Durée 1h45.

"Tromperie": Léa Seydoux trouve peut-être ici son meilleur rôle
©D.R.