"Théo et les métamorphoses" : voyage déconcertant dans l’imaginaire d’un jeune trisomique en quête de liberté

Optant pour une forme naturaliste quasi documentaire, Damien Odoul livre un film insaisissable.

"Théo et les métamorphoses" : voyage déconcertant dans l’imaginaire d’un jeune trisomique en quête de liberté

À 27 ans, Théo (Théo Kermel) vit avec son père photographe (Pierre Meunier) dans une belle maison en bois brûlé perdue au cœur d’une forêt. Ce jeune trisomique de 27 ans se rêve maître ès arts martiaux. Un rêve qui occupe une bonne partie de ses journées, dédiées par ailleurs à l’observation de la nature et à la réflexion. Un jour, son père s’absente pour organiser une exposition. Théo (qui préfère se faire appeler To) va alors découvrir la vie en solitaire et laisser libre cours à son imagination, à ses visions, à ses métamorphoses…

En 2001, Damien Odoul avait décroché le Grand Prix du jury et le Prix Fipresci dans l'éphémère section "Cinéma du présent" de la Mostra de Venise avec son deuxième film Le Souffle. Depuis, le poète, vidéaste et cinéaste français signe régulièrement des longs métrages à la lisière du cinéma expérimental, qui peinent souvent à trouver le chemin des salles. Présenté en section Panorama de la Berlinale en 2021, Théo et les métamorphoses marque son retour au grand écran après La Peur en 2014, adaptation du roman homonyme de Gabriel Chevallier situé dans les tranchées de la Grande Guerre qui avait obtenu le Prix Jean Vigo.

Un film totalement libre

Optant pour une forme naturaliste quasi documentaire - allant par exemple jusqu’à recourir à une caméra nocturne pour observer les animaux sauvages la nuit -, Odoul livre un film insaisissable, nourri de références à la spiritualité orientale ou à la Bible. Car on est bien ici radicalement du côté de la fiction, avec de vrais comédiens (dont Théo Kemel, jeune trisomique venu du théâtre) et une totale liberté de ton.

En voix off (écrite par Odoul), Théo raconte sa vie, la relation à son père et, surtout, sa soif de liberté. Dans la solitude, une fois libéré de l’emprise paternelle - aussi bienveillante (et étrange) soit-elle -, le jeune homme peut enfin laisser émerger son propre rapport à l’existence, à la violence, à la spiritualité et à la sagesse, mais aussi à la sexualité, au désir et à l’amour, au plaisir et à la joie… Dans une série de scènes à la fois belles et dérangeantes, poétiques et délirantes.

Après cet essai radical, qui risque de perdre bon nombre de spectateurs, on devrait retrouver prochainement Damien Odoul dans un exercice un poil plus accessible, une adaptation libre de Poil de Carotte, avec Cécile Sallette et Karim Leklou.

Théo et les métamorphoses Essai Scénario et réalisation Damien Odoul Photographie Damien Odoul et Sylvain Rodriguez Montage Anne Destival Avec Théo Kermel, Pierre Meunier, Élia Sulem… Durée 1h36

"Théo et les métamorphoses" : voyage déconcertant dans l’imaginaire d’un jeune trisomique en quête de liberté
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