"Doctor Strange" : La malédiction Marvel étouffe Benedict Cumberbatch

Le troisième "Doctor Strange", signé Sam Raimi, succombe à la surenchère.

En octobre 2019, Martin Scorsese provoqua un bref émoi en comparant les films de super-héros à des parcs d'attractions. On y entendit du mépris alors que le réalisateur ne faisait que livrer une analyse pertinente de la finalité de la stricte vocation de divertissement du genre.Démonstration en est faite par le bien-nommé Doctor Strange in the Multiverse of Madness (Docteur Strange dans le Multivers de la Folie) qui sort dans nos salles ce 4 mai.

Sept climax

Révélé à la presse belge in extremis mardi après-midi, le 28e opus Marvel est une succession d'affrontements dantesques. Là où naguère, il suffisait d'un seul pour faire office de climax, nous en avons dénombré pas moins de sept en quelque deux heures effrénées.

L'intrigue nécessite quelques rétroactes de l'Univers cinématographique Marvel (MCU sous son acronyme anglais). Plusieurs mois après les événements de Spider-Man : No Way Home (2021), le Docteur Strange est à nouveau plongé dans les méandres des réalités alternatives du Multivers.

Une adolescente douée du pouvoir d'ouvrir des portails entre les univers est traquée par une entité démoniaque. Afin de la protéger, le Maître des Arts mystiques en appelle à Wanda Maximoff. Celle qui est devenue la Sorcière rouge depuis les événements de la mini-série WandaVision sort de scène (définitivement ?) en puissance mais sur un mode plus monolithique qu'on aurait pu l'espérer pour un personnage qui a connu un bel arc narratif depuis son apparition dans le MCU.

Personnages dilapidés

Le Multivers passe-partout permet l’apparition symbolique de personnages dilapidés ou surexploités dans d’autres franchises - et pas forcément mieux lotis ici (pas plus que leurs interprètes).

La maison-mère Disney s'y offre un semblant d'unification de leurs méandres (ceux qui ne l'ont pas vue trouveront quelque intérêt dans la série d'animation What If sur Disney +).

Après son bref galop devant la caméra de Jane Campion dans The Power of the Dog, Benedict Cumberbatch reprend le turbin sur Hollywood Boulevard.

La révélation rapide de l’ennemi prouve que l’intrigue n’est plus qu’un prétexte au bénéfice d’un festival d’effets spéciaux. Ils restent parfois éblouissants comme dans la scène où Wanda est enfermée dans une variante fantastique d’une salle de glaces ou celle, minimaliste, où l’on entre dans son subconscient.

Le savoir-faire des techniciens hollywoodiens n’est plus à démontrer. Mais puisqu’il est beaucoup question de magie ici, le résultat ressemble de plus en plus à de la poudre aux yeux.

Rouage interchangeable

La déception est d'autant plus grande si on se rappelle qu'il y a tout juste vingt ans, le réalisateur Sam Raimi offrait au genre son premier morceau de bravoure avec le Spider-Man inaugural de la trilogie avec Tobey Maguire. Ce film ménageait ses effets et prenait le temps de donner aux personnages un relief qui n'avait rien de virtuel.

Deux décennies plus tard, après un long break loin du genre et une relative discrétion au grand écran (deux films en quinze ans), Raimi comme les acteurs n’est plus que le rouage interchangeable d’une machinerie qui tourne à vide.

Il n'imprime que discrètement sa signature avec le caméo rituel de son acteur fétiche Bruce Campbell et quelques échos de son Evil Dead dans un climax teinté de magie noire.

Le mort-vivant qui y apparaît est une métaphore involontaire de l’état clinique de la saga Marvel. Même l’apparition d’une nouvelle star ensorcelée dans la teaser intergénérique ne fait que souligner la surenchère.

Doctor Strange in the Multiverse of Madness | Docteur Strange dans le Multivers de la Folie De Sam Raimi Scénario : Michael Waldron Avec : Benedict Cumberbatch, Elizabeth Olsen, Chiwetel Ejiofor, Benedict Wong,… 2h06