Il était une fois Ennio Morricone

Giuseppe Tornatore rend hommage au Maestro dans un (long) portrait-interview.

Disparu en 2020, Ennio Morricone demeure un compositeur de légende. Le réalisateur Giuseppe Tornatore, encore ému, après 35 ans, que le Maestro ait accepté de composer la musique de son premier film Cinema Paradiso, signe ce portrait construit autour d'un long entretien.

Auteur de quelque 400 partitions pour le grand et le petit écran, Morricone reste associé au cinéma de Sergio Leone. Ce qui avait le don d’agacer prodigieusement l’intéressé au caractère réputé irascible.

Ampleur et diversité

Tornatore rend justice à l’ampleur et à la diversité de la carrière de celui qui, né en 1928 à Rome, se destinait à l’origine à la médecine. Un père trompettiste en décida autrement. Après avoir gagné une maigre croûte grâce à son instrument durant la Seconde Guerre mondiale, Ennio étudie au conservatoire Sainte-Cécile sous la férule du compositeur Goffredo Petrassi.

Il fait ses gammes comme arrangeur pour la RAI, entre 1956 et 1958, puis signe ses premiers succès au sein de la filiale italienne du studio américain RCA. Avec l'arrangeur Bruno Nicolai, il rythme la Péninsule de l'après-guerre, composant notamment pour le crooner Gianni Morandi. Il expérimente la musique concrète au sein du groupe d'avant-garde Nuova Consonanza. Jusqu'à ce que le réalisateur Luciano Salce lui commande une première partition pour Mission ultra-secrète (1961).

Guitare, symphonie, bruitisme

C'est l'âge d'or de Cinecittà et Morricone multiplie les travaux. Il fait œuvre d'originalité en mêlant les instruments électriques, comme la guitare, à ceux des orchestres symphoniques ou ajoutant des sonorités bruitistes afin de créer des atmosphères. Sans oublier la voix humaine ("le plus beau des instruments") en chœur ou en solo, notamment avec la soprano Edda Dell'Orso (qui fit merveille sur The Ecstasy of Gold dans Le Bon, la Brute et le Truand).

Sa palette est prête lorsqu'il recroise le chemin d'un vieux camarade d'école, Sergio Leone. On connaît la partition qui suit, jusqu'aux Huit Salopards (2015) de Tarantino, qui lui valut son premier Oscar, en 2016, neuf ans après celui décerné pour l'ensemble de sa carrière…

Une carrière qui croise celle d’un large pan du cinéma mondial (John Boorman, Terrence Malick, John Carpenter, Brian De Palma, Roland Joffé, Roman Polanski, Pedro Almodovar,… mais aussi une kyrielle de films bis du cinéma italien des années 1960-1970).

Moins original sur la forme que son sujet, le film de Tornatore entrecroise les souvenirs du Maestro avec les interventions d’intervenants prestigieux (dont Clint Eastwood, Quincy Jones, Hans Zimmer, John Williams, Bernardo Bertolucci, Vittorio Taviani,…).

L’hagiographie n’empêche pas d’évoquer un tempérament parfois difficile, voire intransigeant. La dernière partie du documentaire s’engonce malheureusement dans une accumulation d’extraits des concerts dirigés par le maître ces dernières années. L’heure n’était plus à la création mais à l’autocélébration.

Ennio : The Maestro Documentaire De Giuseppe Tornatore Scénario Giuseppe Tornatore Durée 2h30.

Il était une fois Ennio Morricone
©D.R.


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