"I am Chance": la transformation d’enfants en jeunes "caïds" prêts à en découdre pour assurer leur survie

"I am Chance" offre le portrait de l’une des ados suivies dans son quotidien de débrouille.

La caméra suit ses déambulations à travers la ville. Petite mais costaude, Chancelvie, surnommée Chance, n'a pas froid aux yeux et slalome au milieu des voitures tout en haranguant la foule avec son porte-voix. Elle aime faire le show et enfiler les costumes futuristes imaginés par le collectif Ndaku la vie est belle au départ de déchets électroniques ramassés dans les allées du Grand marché de Kinshasa. Ce défilé lui offre un moment festif dans un quotidien traversé d'écueils entre mendicité, rapines et prostitution.

Frondeuse et crâneuse, Chance assure adorer la bagarre. À voir les cicatrices qui ornent ses jambes, ses bras et même son visage, on ne peut que la croire. Qu’on l’aime ou pas, la bagarre fait de toute façon partie intégrante de la vie de cette jeune fille de 17 ans à peine devenue enfant de la rue lors du décès de son père et de la "disparition" de sa maman; elle avait 8 ans.

Chancelvie est Maréchale de son écurie de sept phaseuses ou enfants de la rue. Maréchale, générale, colonelle,… Chacune sa place, chacune son rôle et ses fonctions. Une discipline qui les protège contre les autres bandes de filles qui sévissent dans la ville. Face aux bandes de garçons, les choses sont plus compliquées. Entre abus, fascination et protection, les lignes sont floues et les dangers nombreux.

La rue ou la fausse promesse de liberté

Cette réalité, Marc-Henri Wajnberg la connaît bien car voilà dix ans que le cinéaste belge s'est laissé happer par la capitale congolaise, replongeant régulièrement dans le chaudron kinois pour suivre le destin chahuté des enfants rencontrés dès 2012 pour son documentaire-fiction Kinshasa Kids .

Si I am Chance se concentre sur la trajectoire de Chance, déjà aperçue dans son film Kinshasa Now (2022), c'est en raison des liens que le réalisateur a tissés avec l'adolescente au fil de ce premier tournage. Lorsqu'il tentait de l'aider à quitter l'insécurité de la rue, comme ce fut le cas pour d'autres protagonistes de son documentaire. La découverte de sa grossesse a bousculé les plans du réalisateur, soucieux de la façon dont la jeune fille parviendrait à la gérer au cœur des rues de Kinshasa. Soutenant les frais de santé et de scolarité des enfants qu'il a filmés, le réalisateur fait partie intégrante de leur vie dont il est tenu informé même lorsqu'il rentre en Belgique. Sous son regard attentif et face à sa caméra, on assiste à la transformation d'enfants en jeunes "caïds" prêts à en découdre pour assurer leur survie. Entre résignation et espoir, ils sont souvent trop épris de "liberté" pour accepter d'intégrer les centres qui leur sont destinés.

Environ 120 millions d’enfants vivent dans la rue à travers le monde. Ils sont 35 000 à Kinshasa. Leur inventivité, leur résilience fascinent Marc-Henri Wajnberg qui les a découverts grâce aux activités organisées par différents artistes kinois qui leur offrent leurs seuls moments d’insouciance.

I am Chance Portrait documentaire De Marc-Henri Wajnberg Images Paul Shemisi, Elie Mbansing Avec Chancelvie Kaponge, Shekinah Sonco, Dodo Mbondo Durée 1h25.

"I am Chance": la transformation d’enfants en jeunes "caïds" prêts à en découdre pour assurer leur survie
©D.R.





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