"Leave No Traces": à trois jours de son 19e anniversaire, Grzegorz Przemyk est battu à mort dans un commissariat de Varsovie soulevant une vague d'indignation

Un drame historique qui revient, méticuleusement, sur l’assassinat d’un jeune de 18 ans dans un commissariat de police de Varsovie en 1983.

Le 12 mai 1983, à trois jours de son 19e anniversaire, Grzegorz Przemyk (Mateusz Górski) a été battu à mort dans un commissariat de Varsovie. Fils de la poétesse dissidente Barbara Sadowska (Sandra Korzeniak), celui-ci fêtait avec des amis l’obtention de leur diplôme sur la place du Château, dans la vieille ville, après avoir bu un verre ou deux. Mais à cette date-là, les opposants avaient également l’habitude de célébrer l’anniversaire de la mort de l’ancien président polonais Józef Piłsudski, célébration formellement interdite par le régime communiste…

Refusant de présenter ses papiers d'identité, Grzegorz est emmené au commissariat avec un ami, où il est battu sauvagement par les miliciens qui, sous les ordres de leur chef, frappent dans l'estomac, pour "ne pas laisser de traces" sur son corps. D'abord envoyé dans un hôpital psychiatrique, le jeune homme mourra deux jours plus tard lors de son opération à l'hôpital. L'autopsie est claire : c'est comme si on lui avait roulé dessus avec un camion… Alors que sa mère Barbara tente de porter l'affaire devant la justice, avec le soutien de Solidarnosc et de l'Église polonaise, le régime se met en branle pour étouffer le scandale…

Retour sur le passé polonais

Leave No Traces nous plonge au cœur du passé communiste de la Pologne, au travers d'un drame classique, qui revient sur un fait divers qui avait pas mal fait parler dans les médias occidentaux à l'époque. Par la vague d'indignation qu'il souleva en Pologne - avec des dizaines de milliers de personnes accompagnant le cercueil de Grzegorz Przemyk au cimetière -, on dit que cet assassinat abject contribua à l'affaiblissement du régime communiste polonais, qui tombera quelques années plus tard, en 1989.

À l’époque où se déroule le film, en 1983, Jan P. Matuszynski n’était même pas né. Né l’année suivante, le jeune cinéaste polonais s’intéresse pourtant beaucoup à l’histoire de son pays (cf. ci-contre). Dans son second long métrage de fiction, il revient sur ce fait historique de façon très méticuleuse, en se basant sur un solide travail d’enquête journalistique, pour décrire l’incroyable machine mise en œuvre au plus haut sommet de l’État pour tenter d’étouffer l’affaire. Où l’on prend toute la mesure de la paranoïa et de la peur qui régnaient sur la Pologne au début des années 1980.

Un film trop long

Au-delà de l’horreur de la situation, ce qui frappe ici, c’est la façon dont la dictature communiste polonaise a cherché à masquer cette injustice flagrante en lui donnant toutes les formes de la légalité (en changeant de procureur, en faisant pression sur les témoins…). À l’heure où le débat autour des violences policières est revenu sur le devant de la scène dans des démocraties comme la France et les États-Unis, voilà dès lors un film historique diablement d’actualité…

Si cette histoire est exemplaire et mérite d'être racontée, Leave No Traces pèche néanmoins par quelques personnages franchement caricaturaux, mais aussi par sa longueur (2h40). Jan P. Matuszynsk aurait en effet gagné à resserrer l'intrigue pour conférer plus de force dramatique à son récit, un peu linéaire…

Leave No Traces/Varsovie 83, une affaire d'État Drame historique De Jan P. Matuszynski Scénario Kaja Krawczyk-Wnuk (d'après une enquête de Cezary Lazarewicz) Avec Sandra Korzeniak, Mateusz Górski, Robert Wieckiewicz… Durée 2h40.

"Leave No Traces": à trois jours de son 19e anniversaire, Grzegorz Przemyk est battu à mort dans un commissariat de Varsovie soulevant une vague d'indignation
©D.R.


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