"L’École du bout du monde": bienvenue dans un village accessible qu’après huit jours de marche dans la montagne

Nommé à l’Oscar, un joli conte bhoutanais sur le rapport à la tradition et à la modernité.

Instituteur, Ugyen Dorji (Sherab Dorji) habite avec sa grand-mère à Thimphou, la capitale bhoutanaise. Vivant à l’occidentale avec sa bande d’amis, le jeune homme se languit de voir se terminer son service national au profit de la politique du BNB, le "bonheur national brut", l’indice qui a remplacé le PIB au Bhoutan. Il lui reste en effet encore un an à tirer comme enseignant, avant de pouvoir enfin vivre son rêve : aller tenter sa chance comme chanteur en Australie. Mais au ministère, on ne voit pas d’un bon œil ce prof tire-au-flanc. La ministre sermonne donc Ugyen et le nomme professeur à Lunana… dans l’école la plus reculée au monde !

Perché à 4800 mètres d’altitude tout au nord du pays, à la frontière tibétaine, Lunana est en effet un village d’éleveurs de yacks accessible qu’après huit jours de marche dans la montagne ! Et là-haut, pas de réseau évidemment et une électricité, disons, très intermittente. Bref, Ugyen s’apprête à vivre les prochains mois comme une pénitence, comme un exil forcé… Une fois sur place, le beau sourire et les yeux pétillants de la petite Pem Zam (dans son propre rôle), la "capitaine de la classe", commence à fissurer son cœur de pierre et à lui faire oublier que son iPod est déchargé, sans espoir de le voir reprendre vie avant des semaines…

Naïveté revendiquée

Cinéaste bhoutanais né en Inde, Pawo Choyning Dorji signe avec Lunana un premier long métrage attachant, qui a conquis le public dans les nombreux festivals où il a été montré. Jusqu'à être en lice, il y a quelques semaines, à l'Oscar du meilleur film étranger. Une première pour un film bhoutanais. Assumant totalement la naïveté de son histoire, le film est en effet parfaitement calibré pour ce genre de cérémonie consensuelle, même si c'est le plus cinéphile Drive My Car du Japonais Ryusuke Hamaguchi qui s'est finalement imposé à Los Angeles.

Si Pawo Choyning Dorji ne surprend pas avec son récit - aux codes très occidentaux, notamment dans la construction du personnage principal -, il signe une fable chaleureuse, qui ne manque néanmoins pas d’ironie, avec ce héros qui ne rêve que d’ailleurs dans le pays soi-disant le plus heureux au monde. Même si, au contact de la montagne et des habitants de Lunana (mais aussi de leurs yacks et de leurs chansons traditionnelles), Ugyen va évidemment revoir sa vision du monde et de son pays…

Si le scénario magnifie de façon assez convenue le retour aux sources et aux origines pour un jeune homme occidentalisé, Lunana séduit par la qualité du regard du cinéaste sur la région et sur les gens qu'il filme, tous incarnés par des enfants et des habitants de la région de Lunana. Ce qui confère à ce conte contemporain une vraie sensibilité et une chaleur humaine qui emporte tout sur son passage…

Lunana : A Yak in the Classroom / L'École du bout du monde Drame Scénario & réalisation Pawo Choyning Dorji Photographie Jigme Tenzing Avec Sherab Dorji, Ugyen Norbu Lhendup, Kelden Lhamo Gurung, Kunzang Wangdi… Durée 1h49.

"L’École du bout du monde": bienvenue dans un village accessible qu’après huit jours de marche dans la montagne
©D.R.