"Miss Marx": évocation rock’n’roll du parcours de la fille de Karl Marx

L’Italienne Susanna Nicchiarelli signe une évocation rock’n’roll du parcours d’Eleanor Marx, la fille du grand Karl.

Après Nico, 1988 en 2017, consacré à la chanteuse Nico, Susanna Nicchiarelli s'intéresse à nouveau dans Miss Marx au parcours d'une figure féminine historique, celle d'Eleanor Marx, la fille de Karl Marx. On la rencontre en 1883 à l'enterrement du philosophe allemand, à la veille de sa rencontre décisive avec l'écrivain anglais Edward Aveling (Patrick Kennedy).

À nouveau coproduit avec la Belgique - où une partie du film a été tourné -, Miss Marx dresse un portrait doux-amer d'une femme de son époque. Intellectuelle aux idées progressistes et féministes, Eleanor appliqua les théories de son père pour dresser un parallèle fécond entre la condition d'oppression des ouvriers et celle des femmes dans une société capitaliste et patriarcale. Sauf que sa situation domestique fut assez éloignée de ces théories émancipatrices. Tombée amoureuse d'un homme volage, dépensier et déjà marié, Eleanor ne sera en effet jamais comblée sentimentalement….

Hypocrisie progressiste

Avec justesse, Miss Marx décrit l'hypocrisie qui habitait jusqu'à la société la plus progressiste de la fin du XIXe siècle. De façon assez cruelle, Susanna Nicchiarelli monte-t-elle ainsi en parallèle les visites d'usines ou les discours engagés de la fille de l'auteur du Manifeste du parti communiste et la vie très bourgeoise que menait Eleanor.

Pour raconter ce destin malheureux, la cinéaste mixe reconstitution historique soignée (costumes, décors, coiffures…) et une volonté de pervertir ce classicisme par une utilisation, dès le générique et à travers tout le film, de chansons punk. Un anachronisme qui n'est pas sans rappeler celui utilisé par Sofia Coppola dans son Marie-Antoinette et qui permet à la cinéaste de dresser un parallèle entre les époques, pour montrer que les combats d'alors n'ont pas tant évolué…

Campée avec conviction par la Britannique Romola Garai - l'Angel de François Ozon en 2007, qu'on n'avait plus vue au grand écran depuis Les Suffragettes de Sarah Gavron en 2015 -, l'héroïne se révèle néanmoins moins romanesque que le souhaiterait la cinéaste italienne, obligée dès lors de convoquer l'écho de Madame Bovary de Flaubert et de La Maison de poupée d'Ibsen, deux œuvres traduites en anglais par Eleanor Marx…

Miss Marx Biopic rock'n'roll Scénario et réalisation Susanna Nicchiarelli Photographie Crystel Fournier Avec Romola Garai, Patrick Kennedy, Philip Gröning… Durée 1h47.

"Miss Marx": évocation rock’n’roll du parcours de la fille de Karl Marx
©D.R.