"Clara Sola": au contact de Santiago, Clara sent monter en elle des désirs inavouables à son entourage

Coproduit avec la Belgique, un très beau premier film costaricain sous forme de conte féministe radical.

À 40 ans, Clara (Wendy Chinchilla Araya) vit toujours avec sa mère et sa nièce María dans une petite maison reculée dans une forêt du Costa Rica. Prétendument visitée par la Vierge, la jeune femme fait l’objet d’une vénération dans les environs, où on la croit capable de guérir les malades. Mais Clara est surtout un peu simplette, maintenue dans une fausse pureté par sa mère, qui refuse de la faire opérer de la colonne alors qu’elle souffre le martyre du dos et qui lui badigeonne les doigts de piment pour lui éviter de se toucher pendant la nuit… Alors que María s’apprête à faire une grande fête au village pour son 15e anniversaire, Santiago débarque pour s’occuper de la jument blanche Yuca, que Clara adore. Le jeune homme ne laisse pas indifférent la jeune fille. Pas plus que Clara, qui, à son contact, sent monter en elle des désirs inavouables à son entourage.

Coproduction belge

Cinéaste suédo-costaricaine, Nathalie Álvarez signe un premier film envoûtant et intrigant, coproduit avec la Belgique (cf. ci-contre). Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2021, Clara Sola débute comme une de ces chroniques rurales auxquelles nous a habitués le cinéma latino-américain ces dernières années (dont le merveilleux Ixcanul du Guatémaltèque Jayro Bustamante), mais le film est progressivement contaminé par une forme de réalisme magique, en écho aux superstitions qui font le quotidien de l'héroïne. Laquelle semble pourtant nettement moins intéressée par une quelconque grâce de la Vierge que par une réelle connexion à la nature et à la Terre, notamment à travers sa relation très intime avec les animaux : la jument Yuca, mais aussi les insectes, dont Ophir, son hanneton adoptif. Ce n'est que couchée dans l'herbe ou dans la boue, au contact direct de la Terre, ou la tête posée sur le flanc de son cheval, que Clara peut se sentir pleinement vivre, sans contrainte.

Si Clara Sola multiplie les références aux contes de fées (jusqu'à la robe de princesse, les chaussures, le cheval blanc et le prince Charmant), le film est avant tout un récit de libération au féminin. Nathalie Álvarez livre une critique d'autant plus efficace d'une société patriarcale costaricaine que celle-ci n'est pas frontale. La subtilité consiste ici à reléguer au second plan les personnages masculins. À l'exception de celui qui provoque chez Clara le désir et qui figure au contraire une possibilité d'échappatoire à la société traditionnelle - il ne croit pas en Dieu et se montre très libre.

Cet enfermement dans la norme est ici représenté par les femmes. Que ce soit cette vieille mère qui tient Clara en continuant de l’infantiliser à 40 ans, mais aussi María, cette toute jeune fille qui ne rêve que d’enfiler sa robe de princesse pour son anniversaire. Clara, elle, veut cela mais tout le reste à la fois. C’est un personnage totalement libre, en rupture complète avec les conventions et qui laisse exploser son désir, parfois de façon animale. Cette héroïne féministe radicale qui prend vie à l’écran sous les traits de Wendy Chinchilla Araya, danseuse qui fait ici ses premiers pas à l’écran et qui confère à Clara un mélange de grâce et d’étrangeté.

Clara Sola Conte féministe De Nathalie Álvarez Mesén Scénario Maria Camila Arias et Nathalie Álvarez Mesén Musique Ruben De Gheselle Montage Marie-Hélène Dozo Avec Wendy Chinchilla Araya, Ana Julia Porras Espinoza Durée 1h46.

"Clara Sola": au contact de Santiago, Clara sent monter en elle des désirs inavouables à son entourage
©D.R.