"Les passagers de la nuit": si le film s’achève à la fin du premier mandat de Mitterrand, il résonne singulièrement avec le temps présent en France

Charlotte Gainsbourg illumine "Les Passagers de la nuit" en mère paumée qui se reconstruit dans la France des années Mitterrand.

"Les passagers de la nuit": si le film s’achève à la fin du premier mandat de Mitterrand, il résonne singulièrement avec le temps présent en France

21 mai 1981. Le grand soir : François Mitterrand est élu président de la République. C’est la fête dans les rues de Paris. Elisabeth (Charlotte Gainsbourg) sourit à un avenir plein de promesses quand elle revient dans son appartement du 15e arrondissement avec son mari. Trois ans plus tard, désenchantement : la rigueur marque la fin de l’utopie de la gauche. Elisabeth, elle, affronte la rupture. Abandonnée avec ses deux ados, elle doit subvenir à ses besoins. Elle se présente un peu par hasard à la Maison de la Radio voisine pour un poste d’assistante d’une émission dont elle est une fidèle auditrice. L’animatrice Vanda Dorval (Emmanuelle Béart) est cash mais accueillante entre deux clopes et un verre de bourbon.

Hommage de cinéma

La situation se stabilise. Les enfants d’Elisabeth trouvent leurs marques. L’aînée Judith se prépare à quitter le nid. Mathias, le cadet, traîne avec son pote, rêve des filles et écrit de la poésie. Un soir, après une émission, Elisabeth héberge Talulah, jeune fugueuse qui a témoigné de ses errances sur antenne.

Petit marqueur temporel et bel hommage cinéphile, les trois jeunes vont voir dans un cinéma de quartier Les Nuits de la pleine lune d'Eric Rohmer. Pour le cinéphile, le destin brisé de Pascale Ogier est le miroir des ombres qui planent sur Talulah, fille de la nuit.

L’ancrage dans les années 1980 n’est pas anodin. C’est aussi la décennie de l’adolescence du réalisateur. Il la recrée sans excès de décorum. Elle passe par le son - des jingles, de la musique - et l’image - via des inserts d’images d’archives du Paris de l’époque.

Cette rupture esthétique est plus évocatrice que toute tentative de reconstitution maladroite. On respire presque l'atmosphère du Paris eigthies. Dans un même souci de marquer la période, l'appartement d'Elisabeth porte des matières et couleurs plutôt années septante, comme la façade cerclée de rouge du building d'en face (l'ex-hôtel Nikko, construit en 1976).

Tendresse

Mikhaël Hers (Memory Lane, Amanda) occupe une place à part dans le cinéma français. Il n'est ni un réalisateur commercial, ni un auteur branché. Sa musique à lui est discrète et sans fracas. Il aborde souvent des blessures et des deuils, réels ou figuratifs, comme ici. Deuil d'une relation pour Elisabeth, deuil de l'utopie pour Talulah, de l'innocence pour Mathias. En matriarche d'abord paumée qui se mue en pilier, Charlotte Gainsbourg signe une très belle interprétation de la maturité.

Pas de drame, pourtant, ni d’excès de pathos. Plutôt l’évocation d’une résilience familiale, pleine de tendresse, qui compense les illusions perdues et les espoirs déçus. Et si le film s’achève à la fin du premier mandat de Mitterrand, il résonne singulièrement avec le temps présent en France, mais, aussi, en Belgique. La révolution d’Elisabeth est silencieuse et intime mais elle est éclatante.

Les passagers de la nuit Chronique familiale De Mikhaël Hers Scénario Mikhaël Hers Avec Charlotte Gainsbourg, Quito Rayon-Richter, Noée Abita, Megan Northam, Thibault Vinçon, Emmanuelle Béart,… Durée 1h51.

"Les passagers de la nuit": si le film s’achève à la fin du premier mandat de Mitterrand, il résonne singulièrement avec le temps présent en France
©D.R.

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