"Un endroit comme un autre": un homme doit prendre la décision la plus importante de sa vie, la plus douloureuse aussi…

James Norton bouleversant face à un jeune gamin de 4 ans, dans un drame poignant sur la paternité signé Uberto Pasolini.

Laveur de vitres de 33 ans à Belfast, en Irlande du Nord, John (James Norton) élève seul son fils de 4 ans, Michael (Daniel Lamont). Régulièrement, accompagné d’une assistante sociale, il emmène le petit garçon rencontrer des couples qui pourraient l’accueillir. Malade en phase terminale, le jeune homme tente en effet de prendre ses dispositions pour trouver, avant sa mort, une famille d’accueil pour son enfant. La décision la plus importante de sa vie. La plus douloureuse aussi…

Présenté aux Orizzonti de la Mostra de Venise en septembre 2020, Nowhere Special est un drame a priori casse-gueule. Le scénario est inspiré d'une histoire vraie, la situation est tragique. Pourtant, le film épate par sa retenue. Uberto Pasolini (un neveu du grand Pier Paolo, connu notamment pour avoir été le producteur de l'iconique The Full Monty en 1997) signe un troisième long métrage remarquablement tenu.

Comme dans l'intriguant Une Belle fin (Still Life), avec Eddie Marsan en 2013 et où il était déjà question de la mort, le cinéaste italien basé à Londres choisit en effet une forme de distance, comme si l'histoire était toujours vue à travers les vitres que lave son personnage. Comme si celui-ci était déjà absent de sa propre vie, qu'il observe en spectateur, impuissant face à l'injustice de rendre son fils orphelin…

Refus du pathos, pas de l’émotion

Se tenant à l’écart de tout pathos et de tout mauvais mélo - pas de scènes de larmes, peu de musique -, se passant des infos superflues - on ne sait ainsi quasi rien de l’absence de la mère et de la maladie du père -, Uberto Pasolini se concentre sur ces derniers moments passés entre un homme et un petit garçon triste de voir son père perdre de plus en plus son énergie vitale. Empreint d’une infinie pudeur, très tenu dans sa mise en scène, ce drame sur la paternité et la fatalité du destin n’en est que plus poignant.

Comédien anglais à la carrière internationale - on l'a vu par exemple dans Mr Turner de Mike Leigh en 2014 ou, plus récemment, dans Les Filles du docteur March de Greta Gerwig -, James Norton se montre particulièrement touchant dans ce rôle impossible, trouvant toujours la tonalité juste pour empêcher le film de virer à la guimauve. Il campe un homme résigné, mais digne face à la mort. Face à lui, le tout jeune Daniel Lamont est étonnant. Loin de la caricature de l'enfant prodige hollywoodien, il est ce gamin désemparé qui, s'il n'a pas encore vraiment les mots pour l'exprimer, comprend parfaitement ce qui est en train d'arriver à son père…

Nowhere Special / Un endroit comme un autre Drame Scénario et réalisation Uberto Pasolini Photographie Marius Panduru Musique Andrew Simon McAllister Avec James Norton, Daniel Lamont, Eileen O'Higgins, Valene Kane… Durée 1h36.

"Un endroit comme un autre": un homme doit prendre la décision la plus importante de sa vie, la plus douloureuse aussi…
©D.R.