Que vaut "Elvis", le nouveau film de Baz Luhrmann qui raconte l'histoire unique du King ?

Baz Luhrmann explore l’étrange relation qui unissait le King à son manager le Colonel Parker. Avec l'épatant Austin Butler et Tom Hanks, troublant.

Sa musique à lui venait des entrailles et de la transe. Une sensation découverte, par hasard, lors d’un office religieux organisé sous une tente, alors qu’un pasteur et sa chorale mettaient littéralement le feu à l’assemblée avec leur gospel d’anthologie. Elvis était le seul (enfant) blanc à assister à la cérémonie. Depuis, le jeune garçon timide et effacé n’a plus jamais voulu quitter les rives du rythm’n’blues. Même si on a longtemps tenté de ranger ce rejeton d’une famille soudée, mais déshéritée, dans la case des chanteurs de country.

Lorsqu'il découvre le jeune prodige des quartiers pauvres de Memphis, celui-ci a déjà quelques titres diffusés en radio à son actif. Tom Parker (Tom Hanks), alias "le Colonel", sait déjà qu'il a remporté le jackpot. Ce gamin, issu du Tennessee, ira très loin, pourvu qu'on sache le guider. Roublard, visionnaire et sans scrupule, le Colonel a le profil du parfait businessman. Ce diamant brut, en quête de reconnaissance et d'amour, il a bien l'intention de le façonner à grands coups de publicité et de marketing jusqu'à ce que fortune (mutuelle) s'ensuive.

Façonner le King et sa légende

Pour raconter la légende du King, l'énergique et visionnaire Baz Luhrmann (Moulin rouge) choisit d'emprunter le chemin tortueux de la relation tumultueuse, tissée au fil de près de trente années, entre Elvis et son mystérieux manager. Bien sûr, Luhrmann s'intéresse d'abord à la singularité de cet autodidacte, fan de BB King et de Sister Loretta, tellement épris de musique noire qu'il travailla à en faire la synthèse pour révolutionner le rock et la country blanche à tout jamais.

Le film rappelle à quel point ses vibrations et son déhanché iconique ont fait scandale, choquant une Amérique puritaine et ségrégationniste. Chacun des concerts d'Elvis - qui déclarait qu'il lui était "impossible de chanter s'il ne pouvait pas bouger" - semblait assener autant de coups de boutoir à ces règles iniques et racistes. Le colonel eut beau susurrer à l'oreille de son poulain, pour tenter de lui faire entendre raison et se mettre davantage de politiciens et de sponsors dans la poche, rien n'y fit. Sans la transe, il n'y avait pas d'Elvis…

Pour raconter cette histoire unique, il fallait un interprète qui se mette entièrement au service de la légende. Austin Butler est cet homme aux cheveux gominés, au sourire d'ange et au regard de braise qui se glisse dans le blouson en cuir et le pantalon moulant avec une facilité et un mimétisme déconcertant. Regard de biais, tête légèrement penchée et sourire enjôleur : tout y est. Instantanément, les photos et les souvenirs de la star s'imposent à nous.

S’appuyant sur cette incroyable prestation, Luhrmann tisse sa toile, entremêlant images d’archives, reconstitutions de concerts et d’émissions, bandes-son d’hier et réinterprétations d’aujourd’hui mais aussi des titres originaux (Eminem, Doja Cat,…) dans une chorégraphie étourdissante.

En vrai fan de ciné et de BD, Elvis se rêvait James Dean ou Captain Marvel junior. Il est devenu le King à tout jamais sans être préparé à ce que cela impliquait. Une légende sertie de diamants, définie autant par son talent que par ses outrances, que Luhrmann et Butler parviennent à retranscrire à l’écran au travers de prestations étincelantes. Le film a été présenté hors compétition lors du Festival de Cannes.

Elvis Coulisses d'une légende De Baz Luhrmann Scénario Sam Brommel, Baz Luhrmann. Avec Austin Butler, Tom Hanks, Olivia DeJonge Durée 1h40.

Que vaut "Elvis", le nouveau film de Baz Luhrmann qui raconte l'histoire unique du King ?
©D.R.