"Le Chemin du bonheur": les souvenirs d’un enfant meurtri, chassé d’Autriche par la folie nazie, qui a trouvé refuge à Bruxelles

Tout est parti de l’histoire d’un enfant caché, inspirée du livre d’Henri Roanne-Rosenblatt.

Saul et Joakin ont encore passé la nuit à peaufiner le scénario de leur film, au grand dam d'Ed (André Jung) le cuisinier du New Manhattan qui va de nouveau se retrouver seul pour servir les clients. Ed pense qu'ils perdent leur temps avec "toutes ces histoires nazies" qui ne sont pas du tout de la génération de Joakin (Django Schrevens). Mais celui-ci dit se reconnaître dans "cette histoire d'enfant qui doit fuir son pays", lui dont les parents ont dû abandonner le Chili.

Dans cette brasserie au décor rétro, spécialisée dans les delicatessen, les serveuses se déplacent sur patins à roulettes et Saul (Simon Abkarian), le patron et serveur, offre des cafés gratuits à tous ceux qui peuvent répondre à ses quizz sur les films aux répliques célèbres.

Passionné de 7e Art, Saul Birnbaum a écrit un scénario inspiré de sa propre vie, avec un jeune étudiant de l’Insas, futur réalisateur et fan de Godard. Avec l’aide d’un critique de cinéma célèbre (Michel Vuillermoz) et d’un acteur en vue, le duo espère bien parvenir à mener ce projet de film jusqu’au bout.

Le long métrage retrace l’histoire d’un enfant juif caché durant la guerre. Quarante ans plus tard, Saul, malgré son côté charmeur et beau parleur, se bat encore avec les ombres de son passé. Sa rencontre avec Hannah (Pascale Arbillot) une mystérieuse et charmante projectionniste pourrait bien faire basculer le destin du quadra cinéphile.

Une chronique au parfum mélancolique

Il y a pas mal de lumière et de légèreté (chansons et danses) dans ce film au sujet pourtant a priori bien sombre. Tout le mérite en revient à ses interprètes : Simon Abkarian, Helena Noguerra, Michel Vuillermoz, mais aussi Brigitte Fossey et Mathilda May… Ainsi qu’à l’homme qui a inspiré ce scénario : Henri Roanne-Rosenblatt, ancien critique de cinéma et expert audiovisuel.

Le film a été imaginé par Nicolas Steil (Réfractaire) et le scénariste Michel Fessler d'après son roman semi-autobiographique : Le cinéma de Saul Birnbaum. Un titre évocateur puisque c'est l'amour du 7e art qui a porté le jeune garçon durant les années d'horreur et d'incertitude alors qu'il était sans nouvelles de ses parents. Et ce sont les stars du grand écran qui ont continué à embellir son quotidien bien des années plus tard.

Il y a un côté un peu théâtral dans ce film réalisé avec une économie de moyens. Une fois intégrées sa fantaisie, mais aussi sa naïveté et quelques maladresses, on se laisse porter par ce récit enlevé qui confronte le passé et le présent : les souvenirs d’un enfant meurtri, chassé d’Autriche par la folie nazie, afin de trouver refuge à Bruxelles.

L’amour du 7e art et de la ville relie le réalisateur à ses personnages principaux à qui il offre un profil à la Jacques Demy en leur faisant arpenter la Galerie de la Reine ou s’engouffrer dans les salles obscures du centre-ville. Présentée en avant-première au Festival de Mons, cette chronique mêlant étrangement douceur et mélancolie s’impose grâce au touchant duo formé par Simon Abkarian et Pascale Arbillot.

Le Chemin du bonheur Chronique d'une renaissance De Nicolas Steil Scénario Nicolas Steil et Michel Fessler, d'après le roman d'Henri Roanne-Rosenblatt Avec Simon Abkarian, Pascale Arbillot, Django Schrevens, Helena Noguerra, Michel Vuillermoz Durée 1h52.

"Le Chemin du bonheur": les souvenirs d’un enfant meurtri, chassé d’Autriche par la folie nazie, qui a trouvé refuge à Bruxelles
©D.R.