"Les Goûts et les couleurs": nul doute que le cinéma tient là l’une de ses futures grandes stars

Michel Leclerc mêle habile-ment comédie romantique et lutte des classes.

Marcia (Rebecca Marder) est une jeune chanteuse prometteuse de 26 ans. Alors qu’elle vient de sortir un premier album, elle a réussi à convaincre son idole Daredjane (Judith Chemla) de sortir de sa retraite. Ensemble, dans le bel appartement de l’ancienne icône punk-rock des années 1970-80 sur l’île Saint-Louis, les deux femmes composent un nouvel album pour la rockeuse déjantée. Le producteur de Marcia (Philippe Rebbot) ne voit pas d’un bon œil cette collaboration avec une has-been.

Lorsque, lors d’une déambulation alcoolisée sur le pont des Arts, Daredjane se jette à la Seine, sa cote remonte en flèche… Mais avant de pouvoir sortir son dernier album posthume, il va falloir convaincre son ayant droit, Anthony (Félix Moati), qui bosse sur le marché de Bures-sur-Yvette, d’où était originaire la star. Sauf que ce petit-neveu éloigné est loin d’être le plus grand fan de sa grand-tante et semble peu intéressé par la gestion de son patrimoine artistique. Après une réunion à la Sacem, le jeune homme comprend cependant l’opportunité qui s’offre à lui…

Rencontre inattendue

Entre la jeune chanteuse bobo vivant sur une péniche avec sa compagne Ivry (Eye Haïdara) et le jeune homme de province, difficile d'imaginer personnalités plus opposées. C'est cette rencontre inattendue, due aux circonstances de la vie, que raconte Michel Leclerc dans Les Goûts et les couleurs. Lequel s'amuse des différences qui peuvent exister entre la branchitude parisienne et le goût populo pour le karaoké ou pour la techno qui fait danser…

Dans les mains de n'importe quel tâcheron du cinéma français, cette comédie romantique aurait été d'une affligeante banalité. Dans celles du réalisateur du Nom des gens (2010), de Télé Gaucho (2012), de La Vie très privée de Monsieur Sim (2015) ou de La Lutte des classes (2019), la comédie devient pétillante et profonde. Leclerc parvient en effet à colorer le récit de ce regard politique qui traverse tous ses films. Ce qui lui permet de déjouer tous les pièges classiques de la comédie romantique, tout en en respectant les codes.

Lumineuse Rebecca Marder

Surtout, Les Goûts et les couleurs ne prend pas à la légère son autre sujet : la musique. Le cinéaste a pris un malin plaisir à faire composer toute une série de chansons, que ce soit pour Daredjane (avec les clips psyché façon Rita Mitsouko qui vont avec) ou pour la jeune Marcia. Toutes deux campées par des comédiennes épatantes.

Si Judith Chemla s'en donne à cœur joie dans le rôle de la gloire explosive et trash, Rebecca Marder illumine le film de sa jeunesse. Découverte au grand écran dans Seize printemps de Suzanne Lindon et dans Une jeune fille qui va bien de Sandrine Kiberlain, elle est merveilleuse face à l'attachant Félix Moatti. La jeune pensionnaire de la Comédie-Française apporte charme et complexité à cette jeune chanteuse intransigeante, qui veut sincèrement rendre hommage à son idole, plutôt que de laisser utiliser ses anciens tubes dans des pubs pour des maillots de bain…

Film après film, le talent de Rebecca Marder explose. Nul doute que le cinéma tient là l'une de ses futures grandes stars. On la reverra d'ailleurs prochainement en Simone Veil dans le biopic Simone, le voyage du siècle d'Olivier Dahan.

Les Goûts et les couleurs Comédie r

"Les Goûts et les couleurs": nul doute que le cinéma tient là l’une de ses futures grandes stars
©D.R.

omantico-musicale De Michel Leclerc Scénario Michel Leclerc et Baya Kasmi Musique Jérôme Bensoussan Avec Rebecca Marder, Félix Moati, Judith Chemla, Eye Haïdara, Philippe Rebbot… Durée 1h50.

"Les Goûts et les couleurs": nul doute que le cinéma tient là l’une de ses futures grandes stars
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