Qui était Rainer Werner Fassbinder à qui François Ozon rend hommage avec "Peter Von Kant"

Qui était Rainer Werner Fassbinder à qui François Ozon rend hommage avec "Peter Von Kant"
©1975 Tango Film & City Film

Peter Von Kant de François Ozon est le remake librement inspiré de Les Larmes amères de Petra Von Kantde Rainer Werner Fassbinder. Peter, le réalisateur du film interprété par Denis Ménochet, est un double du réalisateur allemand. On voit même Peter porter dans une scène un costume blanc, caractéristique de Fassbinder. Comment résumer Rainer Werner Fassbinder à ceux qui ne le connaissent plus que de nom ?

En une phrase

Rainer Werner Fassbinder fut l’enfant prodige du théâtre et du cinéma allemand des années 1960-1970.

Auteur prolifique

Il était un stakhanoviste des plateaux, actif sur tous les fronts (théâtre, cinéma, télévision). À 20 ans, il tourne son premier court-métrage

This Night

qui semble avoir été perdu puis

Le Clochard

(1965), à 24 ans, son premier long-métrage (

L’amour est plus froid que la mort

, 1969), compte une quinzaine de films à son actif à 27 ans, et meurt à 37 ans, après

Querelle

(1982). Il a signé pas moins de quarante-trois films, quinze productions pour la télévision (dont une adaptation de

Berlin Alexanderplatz

d’Alfred Döblin), une vingtaine de productions théâtrales.

Son parcours

Emblématique de la République fédérale d’Allemagne de l’après-Seconde Guerre mondiale, il naît trois semaines après la capitulation de l’Allemagne nazie, le 31 mai 1945 à Bad Wörishofen, en Bavière. Il jouit d’une éducation libérale, voire libertaire. Il s’intéresse très jeune et de manière autodidacte au cinéma. Son influence majeure a été son compatriote Douglas Sirk (qui a fui le nazisme en 1937). Peu avant sa mort, il reçoit l’Ours d’or au festival de Berlin 1982 pour

Le Secret de Veronika Voss

.

Son œuvre

Il réalise d’abord des parodies politiques des grands genres américains (le polar avec

Le Soldat américain

en 1970, le western avec

Whity

en 1971), avant d’inventer une version allemande, distanciée, du mélodrame flamboyant (

Tous les autres s’appellent Ali

, 1974 ;

Maman Küsters s’en va au ciel

, 1975). Son œuvre dresse le portrait de l’Allemagne du miracle économique, de l’héritage du nazisme, des fractures de la RFA.

“Fassbinder brisait les tabous, voulait que tout soit mis en lumière, radiographié”

a dit de lui son actrice fétiche Hanna Schygulla.

Ses thèmes

Fassbinder observait ses compatriotes à l’aune de leur passé (notamment celui du nazisme). Il revisitait le cinéma (

Lola, une femme allemande

, relecture de

L’Ange bleu

de Joseph von Sternberg). Il a aussi anticipé des évolutions comme dans

Le monde sur le fil

, un téléfilm de 1979, il anticipe les univers virtuels qui envahissent jusque dans sa salle de séjour.

Sa personnalité

“Pour lui, derrière toute chose, le désespoir était visible

, éclaire Hanna Schygulla.

Il a dit un jour : ‘Si j’avais vu autour de moi quoi que ce soit qui puisse m’inspirer un film d’amour accompli, j’aurais peut-être eu le courage de le faire’. Il voulait de l’amour, mais il l’a confondu avec un état de sujétion totale. Il était sans arrêt ballotté entre l’adoration, l’émerveillement et le mépris.”

Rainer Werner Fassbinder avec son actrice fétiche Hanna Schygulla à la Mostra de Venise en 1980.
Rainer Werner Fassbinder avec son actrice fétiche Hanna Schygulla à la Mostra de Venise en 1980. ©Wikimedia Commons

Où voir ses films ?

La plateforme

LaCinetek

propose

Les Larmes amères de Petra Von Kant

au tarif exceptionnel de 2€ en SD et 3€ en HD, du 6 au 13 juillet inclus. Huit autres de ses films sont disponibles sur LaCinetek, dont

Le mariage de Maria Braun

,

Le secret de Veronika Voss

et

Querelle

. Le

festival Sun Screens

du cinéma Palace, à Bruxelles, consacre un focus au cinéaste allemand.