"Memory Box": grâce à cette boîte, Alex découvre une facette inconnue de sa mère

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige redonnent vie au Beyrouth de la guerre civile. Une fiction pleine de vie, d'inspiration et d'espoir.

À Montréal, le jour de Noël, Alex (Paloma Vauthier) reçoit un imposant colis en provenance de Beyrouth, destinée à sa mère, Maia (Rim Turki). Téta (Clémence Sabbagh), la mère de Maia, veut garder à tout prix ce passé scellé.

Passant outre, Alex découvre dans la boîte des cassettes et des photographies, ainsi que les carnets intimes qu’a tenus sa mère, de 13 à 18 ans. Elle les destinait à sa meilleure amie, Lisa, partie à Paris pour fuir la guerre civile.

Une adolescente passionnée

Alex découvre une facette inconnue de sa mère. Au milieu des bombardements et de la ruine, elle était une adolescente passionnée et amoureuse d’un beau milicien.

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige s’inspirent de leurs souvenirs, photos et écrits, pour recréer l’atmosphère du Beyrouth de la guerre.

Les réalisateurs imaginent de beaux procédés narratifs et visuels pour donner vie aux photos et aux textes de Maia, mêlant leurs propres archives aux images recréées pour les besoins du film.

La mise en scène des flashbacks est même prétexte à une discrète opposition entre l’instantanéité éphémère des échanges sur les réseaux sociaux des ados d’aujourd’hui et la dimension tangible et pérenne de ceux, physiques et analogiques d’hier.

Memory Box restitue cette texture particulière. Les photos argentiques, les films Super 8, les cassettes audio deviennent la matière des souvenirs, guident l'esthétique (comme lorsque la pellicule fond sous le coup d'explosions nocturnes dans le ciel de Beyrouth).

Cette forme quasi expérimentale débouche sur une narration rythmée, jouissive, portée par la mémoire musicale de ces années-là, trait d'union entre les adolescents de l'Orient comme de l'Occident - des sonorités qui reviennent à la mode aujourd'hui, à l'instar du "Wuthering Heights" de Kate Bush exhumé dans la série Stranger Things.

À la blancheur et grisaille du Canada contemporain, le film oppose la chaleur du soleil libanais et les couleurs des années 80.

Trois générations de femmes

Récit mêlant trois générations de femmes (la grand-mère, la mère et la fille) à la recherche des hommes perdus (le père et le premier amoureux), Memory Box trouve son universalité dans ses thèmes profonds : l'amour, la vie, l'espoir en des lendemains meilleurs (thèmes qui trouvent une résonance particulière en regard des événements en Ukraine).

Les auteurs tiennent leur promesse et surmontent l'écueil, risqué, du happy end grâce à leur sincérité.

Téta, qui a voulu conserver le passé enfermé, demandera à sa petite-fille de lui ramener des images du soleil. Celui-ci n'en finit jamais de se lever, dans un mouvement cyclique que capture Alex avec la technologie d'aujourd'hui. There will be light promet la chanson de clôture. Les auteurs dédient leur œuvre "à nos enfants". On pourrait le dédier aujourd'hui aux enfants de l'Ukraine.

Memory Box Chronique adolescente De Joana Hadjithomas et Khalil Joreige Scénario Joana Hadjithomas et Khalil Joreige Avec Rim Turki, Manal Issa, Paloma Vauthier, Clémence Sabbagh… Durée 1h40.

"Memory Box": grâce à cette boîte, Alex découvre une facette inconnue de sa mère
©D.R.