"Piccolo Corpo": le voyage se révèle d’emblée bien plus dangereux que ce que pensait Agata...

Laura Samani explore la tradition des sanctuaires de la région du Frioul et des Alpes, témoins de nombreux miracles pour parents endeuillés.

Italie, 1900. Un chœur de femmes marche vers la mer. Une femme enceinte s’avance sous un voile blanc. Les femmes de son village de pêcheurs l’entourent, chantant et bénissant son ventre afin que le bébé vienne au monde sans difficultés.

Malheureusement, quelques heures plus atrd, Agata (Celeste Cescutti) accouche d'une fillette mort-née. Lorsque la jeune femme revient à elle, encore épuisée, elle découvre que son bébé a déjà été enterré dans le bois par son mari et que le prêtre n'accepte pas de le baptiser. "Le bébé va rester dans les limbes pour toujours", lui répond-il, inflexible.

La voyant désemparée, la bonne du curé lui conseille d’aller voir un certain Janic qui lui parle d’un sanctuaire où les enfants mort-nés reviennent brièvement à la vie et peuvent ainsi être baptisés.

Voyage jusqu’au bout de la mère

Résolue à sauver l’âme de son enfant et à lui donner un nom, Agata se met en route et commence par traverser la baie en barque avec sa petite caisse sur le dos. Dans les bois, elle croise la route de Lynx, étrange voyageur aux yeux clairs perçants, qui l’entraîne dans un village voisin et veut la vendre comme nourrice, contre son gré.

Le voyage, réputé épuisant, se révèle d'emblée bien plus dangereux que ce que pensait Agata. Entre montagnes, forêts et brigands, la jeune mère désenfantée n'entend pourtant pas se résigner. Elle est prête à tout sacrifier, y compris sa santé, pour mener son voyage jusqu'à son terme. En agissant ainsi, Agata transgresse les règles de la société et sort du rôle d'épouse et de mère discrète et docile auquel on l'avait préparée.

Ce premier long métrage à la tonalité à la fois étrange et originale, à la photographie naturaliste et à la symbolique élaborée, réalisé et coécrit par Laura Samani, a été présenté dans le cadre de la Semaine de la Critique à Cannes.

Après un premier court métrage, The Sleeping Saint, qui abordait déjà la question des miracles en Italie, la jeune cinéaste ancre son nouveau récit au cœur de sa région natale, le Frioul, filmant avec grâce et un grand sens pictural, la montagne et les bois environnants, les lacs, les rivières et la mer. La réalisatrice, à la fibre sociale affirmée, dévoile ainsi l'âpreté de la vie des paysans et pêcheurs de la région ainsi que la grande diversité des paysages du nord-est de l'Italie, région frontalière de l'Autriche et de la Slovénie. La force et la beauté de son film découlent directement de la majesté de ces paysages sauvages et escarpés et de la détermination de ses deux personnages principaux.

Au-delà du courage d'une femme et d'une mère, Piccolo Corpo est un film sur les croyances, les contes, le poids des traditions, sur la foi (en soi) qui peut littéralement déplacer les montagnes, sur la place et le rôle assigné aux femmes, aussi, dans une société vivant pratiquement en vase clos.

Le film a été récompensé dans différents festivals à Annecy, Lisbonne, Montpellier, Thessalonique et au Caire.

Piccolo Corpo Voyage initiatique De Laura Samani Scénario Marco Borromei, Elisa Dondi, Laura Samani Avec Celeste Cescutti, Ondina Quadri Durée 1h30.

"Piccolo Corpo": le voyage se révèle d’emblée bien plus dangereux que ce que pensait Agata...
©D.R.