"Las bestias": le film s'ouvre sur une scène très forte, mais tire un peu en longueur

Denis Ménochet et Marina Foïs réunis dans un intense conflit de voisinage espagnol signé Rodrigo Sorogoyen.

Antoine (Denis Ménochet) et sa femme Olga (Marina Foïs) ont plaqué leur vie en France pour déménager dans les montagnes de Galice, où ils se sont installés comme maraîchers bio, tout en retapant de vieilles ruines. La vie est dure, mais ils sont heureux. Seule ombre au tableau de leur bonheur de néoruraux, leurs voisins Xan (Luis Zahera) et Loren (Diego Anid). Ces deux frères bruts de décoffrage réservent au "Français" un accueil glacial. Les deux paysans, qui vivent toujours avec leur vieille mère, lui reprochent d’avoir refusé de donner son accord pour l’installation d’un parc d’éoliennes dans le village. Entre les discussions tendues au bistrot et les menaces de moins en moins voilées, les choses commencent sérieusement à s’envenimer…

Conflit de voisinage

Las bestias (As bestas) s'ouvre sur une scène très forte : des hommes au corps-à-corps avec des chevaux sauvages (bestas en galicien). Comme une métaphore du combat à venir entre les montagnards galiciens et ces deux Français installés sur leurs terres.

Révélé en 2018 avec l'efficace thriller politique El Reino, qui disséquait la corruption en Espagne, Rodrigo Sorogoyen décevait, deux ans plus tard, avec Madre . En mai dernier, le cinéaste espagnol a fait un retour remarqué au festival de Cannes avec un western contemporain au fin fond des montagnes de Galice, où l'on sent l'influence d'un Sam Peckinpah.

Le point de départ de Las bestias peut en effet être vu comme une relecture des Chiens de paille (1971). Car le conflit de voisinage n'a rien d'un simple Clochemerle espagnol. D'emblée, Sorogoyen plonge le spectateur dans un climat angoissant et il ne cesse de faire monter la tension, notamment grâce à l'excellente bande originale d'Olivier Arson, mais aussi par ce climat de violence sourde, toujours sur le point d'éclater, qui irrigue tout son film.

Grand directeur d'acteurs, Sorogoyen offre de superbes rôles à Denis Ménochet et Marina Foïs, mais c'est Luis Zahera qui vole la vedette, dans la peau de ce paysan patibulaire, dont chaque apparition, chaque éclat de colère créent le malaise et une peur diffuse…

Malheureusement, Rodrigo Sorogoyen en fait un peu trop, appuie parfois sa mise en scène pour la faire coller à son intention de départ de relire le western. En découlent des personnages assez sommaires, sans substance psychologique, dans le portrait qu’il fait de ces Galiciens stupides et haineux… Le cinéaste a surtout du mal à conclure et tire son film en longueur sur plus de deux heures, au risque de diluer la tension dans la seconde partie.

Las bestias / As bestas Thriller De Rodrigo Sorogoyen Scénario Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen Photographie Alejandro de Pablo Musique Olivier Arson Avec Denis Ménochet, Marina Foïs, Luis Zahera, Diego Anid, Marie Colomb… Durée 2h17.

"Las bestias": le film s'ouvre sur une scène très forte, mais tire un peu en longueur
©D.R.