"Les Vieux Fourneaux 2" : C’est dans les vieux fourneaux qu’on trouve la douce France

Les papys nickelés de Lupano et Cauuet prônent le grand renouvellement au lieu du grand remplacement.

Pierre Richard, Eddy Mitchell, Bernard Le Coq dans "Les Vieux Fourneaux 2"
Pierre Richard, Eddy Mitchell, Bernard Le Coq dans "Les Vieux Fourneaux 2"

Après un premier galop - si on ose écrire - en 2018, revoici au grand écran Les Vieux Fourneaux, d'après la BD de Lupano et Cauuet, toujours bon pied, presque bon œil et un peu durs de la feuille. Pierrot (Pierre Richard) reste un activiste des bonnes causes (de gauche), organisant squat de sans-papiers et manifs de seniors. Quand ses chers réfugiés se font expulser, il les emmène à Montcœur (jumelé avec Montcul…), la retraite gersoise de son vieux pote Antoine (Bernard Le Coq) où Mimile (Eddy Mitchell) poursuit encore de ses assiduités Berthe (Myriam Boyer). L'arrivée des demandeurs d'asile de Pierrot bouleverse la campagne électorale du maire, sur un air de Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ?.

"L'humour est-il de droite ?", interrogeait naguère un quotidien français. Lupano et Cauuet répondent par la négative. Dans les rôles des papys nickelés, bougons, anars et cabochards, Pierre Richard et Eddy Mitchell s'amusent comme larrons en foire, rejoints par Bernard Le Coq (qui remplace Roland Giraud).

Mi-burlesque, mi-tendre

Bons pour l'asile (comprenez : le droit d'asile) se moque gentiment des peurs de la France de 2022 et confronte le fantasme du grand remplacement à la réalité du grand dépeuplement des zones rurales. Le constat n'est pas tout à fait idiot (combien de villages n'ont plus de boulanger, de coiffeur et autres commerçants de proximité). La critique du système électoral qui tourne en boucle évite le poujadisme facile au profit d'une ironie mâtinée de bon sens.

À rebours de la nostalgie larmoyante, Christophe Duthuron dépeint les nouveaux arrivants comme une source de renouveau. Le réalisateur s’attache à changer le regard sur l’autre. En commençant par prendre le temps de faire exister les six protégés de Pierrot. Sur un mode mi-burlesque mi-tendre, Montcœur en devient une métaphore de la douce France vieillie, sclérosée, déboussolée qui en a oublié son étiquette de patrie des droits de l’homme et qui, à force de regarder derrière, ne va plus de l’avant. Tant qu’il y a de l’ironie, il y a de l’espoir.

Les Vieux Fourneaux 2 : Bons pour l'asile Le péril vieux De Christophe Duthuron Scénario Wilfrid Lupano et Paul Cauuet Avec Pierre Richard, Eddy Mitchell, Bernard Le Coq, Alice Pol,… Durée 1h37

"Les Vieux Fourneaux 2" : C’est dans les vieux fourneaux qu’on trouve la douce France
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