"Les Volets verts": Poelvoorde en roue libre totale dans un rôle vide

Depardieu retrouve Simenon dans un film de Jean Becker qui fleure bon le cinéma de papa.

Il y a quelques mois, pour Patrice Leconte, Gérard Depardieu campait un formidable Maigret , dans un film au classicisme assumé, tout en apportant une relecture contemporaine de l'œuvre. L'ogre du cinéma français retrouve Simenon, mais cette fois pour un roman peu connu, Les Volets verts. Publié en 1950, celui-ci retrace les derniers mois de Jules Maugin, une vieille star de cinéma au bout du rouleau à la fin des années 1940. Jean Becker - qui avait déjà fait tourner Depardieu à deux reprises - dans Elisa en 1994 et La Tête en friche en 2010 - en signe une adaptation aussi fatiguée que son protagoniste.

Film poussiéreux

Le vieux cinéaste de 89 ans déplace l'intrigue à une époque assez indéterminée: certains aspects font penser aux années 1960, d'autres aux années 1970. Il amende par ailleurs le texte de Simenon. Ainsi, le personnage d'Alice (Stéfi Celma) n'est plus la jeune épouse de Maugin, mais une jeune femme qu'il prend sous son aile, avec sa fille, et qu'il emmène dans sa sublime villa du Cap d'Antibes. Une maison que le comédien avait achetée pour son grand amour perdu, Jeanne (Fanny Ardant), avec qui il joue tous les soirs sur scène L'Illusionniste de Sacha Guitry. Un matin, pour faire comprendre à Alice son état d'esprit envers elle, Jules lui passe la chanson Il suffirait de presque rien de Serge Reggiani, : "À quoi bon jouer la comédie / Du vieil amant qui rajeunit, / Toi-même ferait semblant d'y croire…"

Au-delà de la mise en scène plus que jamais poussiéreuse de Jean Becker - il est loin le temps de L'Été meurtrier (1983)… -, qui signe une véritable caricature du cinéma de papa - quoique le cinéma de Jacques Becker paraisse a posteriori bien plus moderne que celui de son fils… -, le problème, c'est qu'on commence à avoir vu un peu trop souvent Depardieu dans cet autoportrait de la grande carcasse fragile.

Dans le rôle du monstre du cinéma angoissé, troublé par sa rencontre avec une femme plus jeune, l'acteur était autrement plus bouleversant face à Déborah Lukumuena dans Fragile de Constance Meyer. Il se contente ici de jouer ce qu'on lui demande, sans plus d'implication. Mais c'est rien à côté de Poelvoorde, en roue libre totale dans un rôle vide, celui du meilleur ami…

Les Volets verts Drame De Jean Becker Scénario Jean-Loup Dabadie (d'après le roman de Georges Simenon) Photographie Yves Angelo Avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Benoît Poelvoorde, Stéfi Celma… Durée 1h37.

"Les Volets verts": Poelvoorde en roue libre totale dans un rôle vide
©D.R.