"La Dégustation": qu’importe la fiole, pourvu qu’on ait la tendresse

Isabelle Carré et Bernard Campan se retrouvent, vingt ans plus tard, dans cette histoire de solitude et de rêves enfuis.

Au fil des ans, la vie de Jacques (Bernard Campan) est devenue terne. Caviste, il vit pourtant entouré de jolis flacons et de dives bouteilles aux promesses délicates. Mais depuis son divorce, l’ivresse des bons moments entre amis a cédé la place à celle de la dégustation solitaire. Et Jacques a plutôt l’alcool triste, un comble pour un amateur de grands crus. Une sorte de torpeur dont l’irruption dans sa boutique de l’ingénue Hortense (Isabelle Carré) va le distraire.

Célibataire au grand cœur, Hortense est très investie auprès des sans-abri. Lorsqu'elle perçoit la lassitude de Jacques face à son commerce en difficulté, elle est bien décidée à lui "filer un petit coup de main". Surtout si cela lui permet de s'extraire de sa propre vie, sans perspectives ni famille.

La sensibilité d'Isabelle Carré s'illustre à merveille dans ce rôle de sage-femme en mal d'enfant résolue à prendre son destin en mains malgré les limites que voudrait lui imposer sa mère, fervente catholique. Ce faisant, le film s'empare de questions d'éthique et d'enjeux de société contemporains. Bernard Campan (Presque) bougonne avec retenue, son personnage feignant de ne pas voir que sa santé pâtit de sa consommation de "petits coups de rouge" et autres "ballons de blanc". Taiseux, il personnifie la fameuse tentation d'observer la vie de loin et de refuser toute implication (amicale, amoureuse, professionnelle) par peur de souffrir à nouveau.

Déjà croisé à l'affiche du film Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman (2002) - rôle pour lequel Isabelle Carré a reçu un César d'interprétation -, le duo se reforme avec délicatesse et une tendresse timide qui irradie au creux de ce feel-good movie. Si certaines situations ne sont pas exemptes de clichés, notamment dans la physionomie de certains personnages secondaires, il ressort de cette relation, ébauchée à tâtons et à reculons par ces deux écorchés de la vie, une vérité qui fait mouche.

Ivan Calbérac, réalisateur et scénariste, n'en est pas à sa première adaptation pour le cinéma. Sur les huit pièces qu'il a écrites, deux se sont déjà illustrées sur grand écran : L'Étudiante et Monsieur Henri et Venise n'est pas en Italie. Une aventure partagée avec ses cinq comédiens, très enthousiastes à l'idée de prolonger, sur grand écran, le plaisir né lors de la création de la pièce, couronnée du Molière de la meilleure comédie.

La Dégustation Liquœur De Ivan Calbérac Scénario Ivan Calbérac Avec Isabelle Carré, Bernard Campan, Mounir Amamra Durée 1h32.

"La Dégustation": qu’importe la fiole, pourvu qu’on ait la tendresse
©D.R.