"La Nuit du 12": la jeune Clara a été brûlée vive en pleine rue par un homme, alors qu’elle revenait d’une soirée avec des amies

Dominik Moll signe un formidable polar grenoblois atypique, avec Bastien Bouillon et Bouli Lanners.

Grenoble, Hôtel de police, 12 octobre 2016, 21h36. Au pot de départ du commissaire de la PJ, la bonne humeur est de mise. Mais dès le lendemain matin, son successeur, le jeune Yohan Vivès (Bastien Bouillon), est confronté à un crime horrible. Dans la nuit, la jeune Clara (Lula Cotton-Frapier) a été brûlée vive en pleine rue par un homme, alors qu’elle revenait d’une soirée avec des amies. Avec son équipe, dont Marceau (Bouli Lanners), un vieux flic bourru que sa femme vient de quitter, Yohan va tout faire pour retrouver le coupable. La jeune fille ayant eu de nombreux amants, les suspects ne manquent pas. Mais les inspecteurs peinent à trouver une piste solide…

Inspiré d’une affaire non résolue

À nouveau coécrit avec Gilles Marchand - comme Harry, un ami qui vous veut du bien en 2000, Lemming en 2005, Des nouvelles de la planète Mars en 2016 ou Seules les bêtes en 2019 -, La Nuit du 12 est un polar atypique. Dans cette "fiction inspirée de faits réels" (retracés dans l'ouvrage de Pauline Guéna 18.3. Une année à la PJ, publié en 2020 chez Denoël), Dominik Moll s'intéresse en effet à une affaire non résolue.

Plus que la classique recherche du tueur, ce qui intéresse avant tout le cinéaste, c'est en effet le fonctionnement d'une équipe de police, qu'il décrit de façon très méticuleuse. S'inscrivant dans les pas du Bertrand Tavernier de L.627, le cinéaste franco-allemand ne cherche pas tant à faire avancer l'enquête qu'à étudier l'impact psychologique d'une telle affaire sur les flics et les répercussions qu'elle peut avoir sur leur vie privée. Cette approche "documentaire" permet par ailleurs d'aborder avec subtilité les problématiques actuelles de la police française : équipement vieillissant, surcharge de travail, heures supplémentaires non payées, suicide…

L’ombre du féminicide

Mais Dominik Moll construit son film par couches successives. Au-delà de l'étude de personnages et de la mise en scène de cette enquête insoluble qui hante littéralement son héros, Moll s'intéresse plus spécifiquement à la dimension sexiste de ce crime. Ce meurtre dépasse en effet la jeune Clara, pour le commissaire Vivès. "Il y a quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes", déclare-t-il à la nouvelle juge d'instruction en charge de l'affaire (Anouk Grimberg), lui expliquant que le plus difficile ici, c'est que chacun des suspects aurait pu être le coupable de cet acte de jalousie atroce. Et c'est bien là le cœur de La Nuit du 12 : pourquoi les hommes en viennent-ils à tuer les femmes ?

Mise en scène au cordeau, profondeur vertigineuse de l'intrigue, casting impeccable - dont le formidable Bastien Bouillon, qui jouait déjà dans Seules les bêtes … Tout est réuni pour faire de La Nuit du 12 l'un des sommets du polar français contemporain.

La Nuit du 12 Polar De Dominik Moll Scénario Dominik Moll et Gilles Marchand (d'après le livre 18.3 : Une année à la PJ de Pauline Guéna) Photographie Patrick Ghiringhelli Musique Olivier Marguerit Montage Laurent Rouan Avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners, Lula Cotton-Frapier, Anouk Grimberg, Théo Cholbi… Durée 1h55.

"La Nuit du 12": la jeune Clara a été brûlée vive en pleine rue par un homme, alors qu’elle revenait d’une soirée avec des amies
©D.R.