Aftersun remporte le Grand Prix de la 48e édition du Festival de Deauville

Le jury emmené par le réalisateur français Arnaud Desplechin a couronné trois films traitant des pièges et difficultés rencontrés durant l’adolescence, une thématique omniprésente dans la sélection 2022, qui a fait la part belle aux laissés pour compte et aux déçus du rêve américain.

Aftersun remporte le Grand Prix de la 48e édition du Festival de Deauville
©D.R.

Il n'est pas si simple d'être enfant au pays de l'Oncle Sam. Quel que soit le milieu d'où l'on provient ou la ville où l'on grandit, les pièges sont nombreux sur le chemin qui mène de l'enfance à l'âge adulte: harcèlement, violence et masculinité toxique, entre autres. D'autant que les adultes sont aux prises avec leurs propres démons: dépression, alcool ou addiction aux médicaments. Ce sont quelques-uns de ces écueils que met très bien en lumière Aftersun, le premier film réalisé par Charlotte Wells, qui remporte le Prix de la Critique et le prestigieux Grand Prix du Festival du cinéma américain de Deauville.
Ce long métrage relate le parcours d'une jeune fille lors des vacances passées avec son père (Paul Mescal, révélé par la série Normal people) alors qu'elle avait 11 ans (Frankie Corio). Ce récit, tissé sur base de souvenirs embrouillés, avait déjà été dévoilé lors de la Semaine de la critique cannoise. Mêlant souvenirs de vacances, films familiaux et réflexion présente sur la fragilité des liens familiaux, le film navigue entre souvenirs heureux et moments d'incertitude d'un père fraîchement divorcé. Un homme qui, sous ses dehors blagueurs, se révèle un peu perdu et en proie à la mélancolie.

Une enfance semée d'embûches dans une réserve indienne

Le Prix du Jury a été attribué au film War Pony, réalisé par Gina Gammell et Riley Keough. Il avait déjà remporté la caméra d'Or à Cannes 2022 et s'est vu attribuer en prime le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation, décerné par les jurés emmenés par la comédienne Elodie Bouchez. Autant de récompenses méritées pour ce riche portrait de deux jeunes gens – un tout jeune adolescent et un jeune adulte - de la réserve de Pine Ridge, qui tentent de trouver leur voie face aux mirages du rêve américain. Le long métrage a su séduire et toucher bien au-delà des Rocheuses par la justesse de ses interprètes et la vérité qui se dégage de la pellicule. Inspiré des expériences vécues par deux amis des réalisatrices, le film dépeint bien la difficulté de grandir dans un milieu sans repères, ni perspectives autres que la drogue et l'argent facile.

Aftersun remporte le Grand Prix de la 48e édition du Festival de Deauville
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Le Prix du Jury a été attribué au film Palm Trees and power lines, réalisé par Jamie Dack. Un long métrage qui dessine le portrait d'une lycéenne vulnérable tombée sous l'emprise d'un adulte au comportement pas si innocent.

Quant au Prix du Public de la ville de Deauville, il a été décerné au réalisateur John Patton Ford pour son film Emily the criminal qui suit le destin d'une étudiante devenue arnaqueuse pour parvenir à rembourser son crédit. Autant de films qui démontrent bien qu'il y a quelque chose de pourri au pays de l'Oncle Sam et que les premiers à en souffrir sont les adolescents et les enfants...

Le territoire ne manque toutefois pas de talents devant et derrière la caméra. Après Lucy Boynton, Jesse Eisenberg et Thandiwe Newton, c'était au tour de la comédienne Ana de Armas de se voir décerner un prix saluant sa place au coeur du Nouvel Hollywood, trophée décerné pour son incarnation inspirée de la star Marylin Monroe dans le film Blonde d'Andrew Dominik.

Une complicité à toutes épreuves

D'autres longs métrages auraient mérité d'être récompensés par le jury comme 1-800-Hot-Nite qui, au cours d'une folle nuit dévoile les rêves et les attentes d'un jeune garçon et de son duo de potes des quartiers pauvres de LA. Un film inspiré de l'enfance de son auteur, Nick Richey.

Une autre fratrie restera certainement gravée dans les esprits du public deauvillais, celle de Stay Awake : un duo de frangins unis et soudés dans l'accompagnement de leur mère (Chrissy Metz) accro aux médicaments. Un premier film plein de sensibilité réalisé par Jamie Sisley. Reste à espérer que comme le film Pig de Michael Sarnoski l'an dernier, ils trouveront leur chemin jusqu'au grand écran grâce à cette sélection deauvillaise.