"Moonage Daydream" : une belle immersion pour les fans de David Bowie

L’objet filmique, entre essai documentaire et gigantesque clip de 2h20, est singulier, à la fois réjouissant et frustrant, riche et incomplet.

Alain Lorfèvre

"Encore Bowie ? !" s'exclame un collègue apercevant le brouillon de cet article… C'est vrai que depuis sa disparition le 10 janvier 2016, le Starman n'en finit plus d'alimenter films, compilations, expositions et rétrospectives.

Moonage Daydream de Brett Morgen est une pièce de plus qui vient s'ajouter l'année du cinquantième anniversaire de la sortie de l'album clé The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars.

Images inédites

Le réalisateur a bénéficié d'un accès aux archives de la Fondation Bowie – sous les auspices de sa veuve, l'ex-mannequin Imam.

Gain : quelques images inédites et une très belle séquence sur les peintures du chanteur, qui n’ont jamais été exposées et mériteraient un film à elles seules. Revers : quelques compromis pour ménager la dernière partie de l’histoire officielle : pas un mot sur Angie, la première femme de la star, compagne des débuts flamboyants, exit les phases les plus sombres de sa carrière.

La descente aux enfers de la drogue, mâtinée de crise de schizophrénie, est éludée ainsi que l'album, pourtant intéressant, conçu à l'époque, Station to Station.

On pourra aussi regretter, dans un documentaire qui explore la personnalité créative de Bowie, que soient si peu mentionnés, euphémisme, ses collaborateurs essentiels – à l'exception de Brian Eno – et, encore… Même Tony Visconti, producteur capital des premiers albums et de l'ultime Blackstar, n'est pas mentionné alors même qu'il est crédité pour le mixage musical du film.

Pas pour les profanes

Seuls les Bowiemaniaques reconnaîtront à l'image Mick Ronson (guitariste et arrangeur sur Starman, Ziggy Stardust), Mike Garson (Aladdin Sane et fidèle pianiste jusqu'à animer aujourd'hui encore les concerts hommages du David Bowie Alumni Tour), l'immense Nile Rodgers (Let's Dance), Trent Reznor et Nine Inch Nails (Outside).

Les fans n’apprendront rien qu’ils ne savent déjà. Tout au plus se réjouiront-ils de l’un ou l’autre inédit (un medley de “The Jean Genie” avec “Love Me Do” des Beatles époque Ziggy). Les profanes n’auront aucun repère (ni date, ni titre de chansons ou des multiples extraits de films).

Le parti pris de Brett Morgen n’est pas dans le didactisme ou une analyse de plus de l’immense carrière d’un artiste majeur.

Le réalisateur a adopté la technique du cut up chère à Bowie, empruntée à l'écrivain William Burroughs, pour un montage dense d'images de concerts, prestations télé et interviews diverses.

Montage dense

Le suivi de la carrière est chronologique, mais les inserts d’images mêlent les époques. L’ouverture, au moment de l’explosion du météore Ziggy, inclut par exemple de subliminales images du clip testament de “Blackstar”.

Le montage et le mixage, brillants, flattent les sens mais glissent sur la surface de l’icône. Morgen est un fan. Cela se voit mais cela réduit son champ de vision.

Le réalisateurse repose un peu trop sur le charisme redoutable de son sujet, dont le génie artistique n'est plus à démontrer.

Même si nous sommes de ceux qui y souscrivent, on regrette que Morgen n'ait pas jugé utile d'en explorer les méandres et les multiples influences que Bowie revendiquait et assumait.

Les autres cordes de son très grand arc artistique (mime, vidéos expérimentales, arts plastique…) sont à peine effleurées. C'est presque un crime de lèse-Ziggy.

Moonage Daydream De Brett Morgen Scénario Brett Morgen Durée 2h

"Moonage Daydream" : une belle immersion pour les fans de David Bowie
©LLB