Cinematek met à l'honneur Akira Kurosawa, le réalisateur qui a inspiré Sergio Leone, George Lucas, Quentin Tarantino...

Cinematek consacre une rétrospective à Akira Kurosawa jusqu’au 7 novembre. L'occasion de redécouvrir pourquoi le réalisateur des Sept Samouraïs reste une référence.

Alain Lorfèvre
"Ran"
"Ran" ©StudioCanal

Federico Fellini est celui qui a le mieux résumé le cinéma d'Akira Kurosawa : "Je sens chez Kurosawa le spectacle total […]. Je sens le cinéma exploité dans tous ses moyens d'expression […]. Son cinéma est une sorte de miracle expressif." On peut le redécouvrir à l'occasion d'une rétrospective à Cinematek, jusqu'au 7 novembre.

Souvent réduite à ses films de samouraïs, son œuvre est autrement riche et variée. "Les extrêmes me plaisent, car ils sont une source de vie" disait le réalisateur disparu en 1998, à l'âge de 88 ans.

Si Kurosawa est souvent épique, il est, aussi, contemplatif. S’il est très masculin, il comporte son lot de figures féminines. S’il met en scène des guerriers, il est résolument pacifiste. S’il reste, enfin, imprégné de la culture et de l’histoire du Japon, il est universel.

Influencé et influenceur

Akira Kurosawa n'a jamais caché ses influences (Capra, Griffith, Murnau…). Simenon infuse dans Chien enragé (1949), Ed McBain dans Entre le ciel et l'enfer (1963). Il a transposé Shakespeare (Macbeth dans Le Château de l'araignée, 1957, Hamlet pour Les Salauds dorment en paix, 1960, Le Roi Lear avec ​Ran, 1985), adapté Dostoïveski (L'Idiot, 1951) et Maxime Gorki (Les Bas-fonds, 1957) tout en inspirant nombre de films occidenatux, inclus dans la rétrospective.

Lorsque l'Europe le découvre avec Rashômon (1951), Lion d'or au Festival de Venise, Akira Kurosawa a déjà dix films à son actif, dont trois remarquables : L'Ange ivre (1948), Chien enragé (1949) et Scandale (1950), qui ont scellé, déjà, sa collaboration avec l'acteur Toshirô Mifune.

Outre ses monuments (Les Sept Samouraïs, 1954) et succès (Yojimbô, 1961), Kurosawa a signé des chefs-d'œuvre humanistes et existentialistes que sont Vivre (1952), avec l'autre acteur fétiche du réalisateur, Takashi Shimura (le meneur des Sept Samouraïs, associé à Mifune dès Chien enragé) et Dersou Ouzala (1975), couronné d'un oscar, sans oublier les films qui en disent le plus, aujourd'hui encore, sur les travers du Japon moderne, Les salauds dorment en paix (1960) et Entre le ciel et l'enfer (1963). Sans oublier sa fresque sociale, Dodeskaden (1970), son premier film en couleurs.

Les Sept Samouraïs
Les Sept Samouraïs ©Toho

De la propagande nationaliste au pacifisme

Dernier de six enfants, Akira Kurosawa est né à Tokyo en mars 1910. Son père, qui descend d'une lignée de samouraïs, enseigne les arts martiaux. En bon contemporain de l'ère Meiji (1868-1912), il est ouvert à la culture occidentale. Il emmène ses enfants au cinéma. Heigo, le frère aîné d'Akira, est benshi, commentateur de films muets.

Akira Kurosawa grandit dans ce climat culturel cosmopolite mais devient adulte dans le Japon de l’impérialisme militariste qui va le plonger dans la Seconde Guerre mondiale. Après des études de peinture, le jeune homme fait ses armes au cinéma à partir de 1935, gravissant tous les échelons.

En 1943, il passe à la réalisation avec La légende du grand judo. L'œuvre, à vocation propagandiste, dépeint l'initiation mystique et physique d'un authentique champion de judo à la fin du XIXe siècle. Kurosawa impose d'emblée son sens de la composition et du montage, alliés à une propension lyrique (voir la joute finale dans de hautes herbes sous le vent).

"La Légende du Grand Judo"
"La Légende du Grand Judo" ©Toho

Éthique individuelle

Dépassant le propos nationaliste et viriliste, il insiste sur la relation maître-novice et l'éthique individuelle dépassant l'obéissance aveugle. "Le spectacle d'un être qui progresse sur la voie de la maturité, de la perfection, me fascine" confiait-il.

Tout son cinéma a exploré la condition humaine à travers des genres variés Plus Doux (1943), son deuxième film, hommage aux ouvrières d'une usine militaire, jusqu'à Mâdayo (1993), son ultime film sur le banquet en l'honneur d'un vieux professeur.

Dans l'immédiat après-guerre, Kurosawa dépeint les réalités et difficultés du Japon en arrière-plan de mélodrames (Un merveilleux dimanche, 1947, Le Duel silencieux, 1949) et de thrillers (L'Ange ivre, 1948, Chien enragé, 1949) qui constituent une peinture réaliste des années 1945-1950 au Japon et une critique discrète de l'impérialisme.

Rashômon (1950) inaugure les jidai-geki (drames historiques) et chanbara (films de sabre) qui vaudront à Kurosawa de nombreux internationaux, jusqu'à une Palme d'or pour Kagemusha (1980).

Sa maîtrise de la narration, son art du montage dynamique, son sens pictural de la composition ont culminé dans le chef-d'œuvre Ran (1985).

Les deux acteurs fétiches de Kurosawa, Toshirô Mifune et Takashi Shimura, dans "Chien Enragé".
Les deux acteurs fétiches de Kurosawa, Toshirô Mifune et Takashi Shimura, dans "Chien Enragé". ©Toho