"Le Tigre et le Président": retour sur le court passage à l'Elysée de Paul Deschanel, Don Quichotte malgré lui

L’homme avait de grandes idées mais sa fragilité a eu raison de lui. Le film, porté par Jacques Gamblin et André Dussollier, souligne la forme plutôt que l’esprit. Dommage...

"Le Tigre et le Président": retour sur le court passage à l'Elysée de Paul Deschanel, Don Quichotte malgré lui

C'est l'histoire d'un homme devenu célèbre à travers ses faux pas, à son corps défendant. Un homme dont la légende moqueuse n'a retenu que sa chute d'un train en pleine nuit, en pyjama. Un Président de la République récupéré et hébergé par un simple garde-barrière du côté de Montargis. Pourtant l'Histoire aurait pu retenir bien d'autres choses, en somme, du passage de Paul Deschanel à l'Elysée. Une réhabilitation à laquelle s'attache, en partie seulement, Le Tigre et le Président, premier film de Jean-Marc Peyrefitte.

Un esprit en avance sur son temps

Sous les traits de Jacques Gamblin, on découvre en effet l'éloquence et l'esprit en ébullition de Paul Deschanel, l'homme qui tint tête à Georges Clémenceau, redoutable va-t-en-guerre. La rivalité entre les deux politiciens était notoire ainsi que les humiliations que l'ancien chef de guerre ne cessait d'infliger à celui qu'il qualifiait "non pas de pacifiste, mais de défaitiste". André Dussollier, méconnaissable avec sa fausse calvitie et ses moustaches tombantes, excelle dans ce rôle de matamore, évoluant de la frontière de la forfanterie à celle de l'amertume. À sa grande surprise, le discret Deschanel parvient en effet à rallier à lui les membres de l'Assemblée et à être élu.

"Le Tigre et le Président": retour sur le court passage à l'Elysée de Paul Deschanel, Don Quichotte malgré lui
©D.R.

Si son passage à la présidence fut de courte durée (sept mois), il reste marqué par ses idées révolutionnaires - le droit de vote à accorder aux femmes, l’abolition de la peine de mort et la décolonisation - dont certaines ne furent appliquées que bien plus tard. La réalité de l’agenda présidentiel et le poids de la charge ont en effet eu raison de cet esprit à la fois idéaliste et perfectionniste, mais aussi visiblement fragile. On regrette d’autant plus que ce trait de caractère et les difficultés qu’il entraîna soient traités sur le ton de la plaisanterie et de la parodie, alors que tant d’événements ultérieurs ont donné raison à Deschanel. Humaniste, il croyait en la démocratie et à l’éducation. Après un démarrage prometteur, l’homme politique, sorte de Don Quichotte visionnaire, s’enlise dans une quête illusoire du discours parfait rassemblant toutes ses idées et ses espoirs pour le futur. Si le film éclaire bien les difficultés et les antagonismes de l’époque, il est curieux de faire le choix de la comédie pour traiter de ce destin malheureux et avorté. D’autant que le résultat, malgré la poésie de certains passages métaphoriques ou oniriques, manque de rythme et tombe trop souvent à plat. Comment Peyrefitte compte-t-il réhabiliter ce personnage s’il semble se gausser de lui ?

Le Tigre et le Président Parodie De Jean-Marc Peyrefitte Scénario Jean-Marc Peyrefitte, Marc Syrigas Avec André Dussollier, Jacques Gamblin, Christian Hecq, Anna Mouglalis Durée 1h38