"Les secrets de mon père" : la face cachée d'Henri Kichka, grand témoin de la Shoah

Comment le fils du célèbre rescapé d’Auschwitz s’est démené pour connaître l’histoire de son père. Un beau film d'animation pour entretenir la mémoire.

"Les secrets de mon père" : la face cachée d'Henri Kichka, grand témoin de la Shoah
©Le Parc

En Belgique, on avait appris à connaître la figure du Liégeois Henri Kichka, survivant belge de la Shoah, disparu en 2020. "Un petit coronavirus microscopique a réussi là où toute l'armée nazie avait échoué", déclare alors son fils Michel, auteur de bande dessinée et caricaturiste de renom installé en Israël. Ultime hommage d'un fils qui a pourtant entretenu une relation conflictuelle voire schizophrénique avec son père, contée dans sa bande dessinée autobiographique et de réconciliation (Deuxième génération. Ce que je n'ai pas dit à mon père, publié aux éditions Dargaud en 2012).

Michel y narrait comment, enfants, son frère et lui ignoraient tout du passé de leur père, déporté à Auschwitz. Dans les années 1950, c’est jusqu’au nom du terrible camp de la mort qui était tabou dans la maison familiale de Seraing. Les témoins répugnaient encore à parler.

Témoin public et père mutique

Sur le même thème, le pionnier américain Art Spiegelman, lui aussi, a dû arracher à son père ses souvenirs, mis en image dans le magistral Maus (1980-1991), modèle du genre.

Dans la famille Kichka, le paradoxe fut qu’Henri finit par devenir un témoin public inlassable, courant le monde, tout en négligeant de se confier à ses enfants. C’est le cœur du récit de Michel dans sa bande dessinée et le fil conducteur de la présente adaptation en dessin animé par Véra Belmont.

La démarche, comme tant d’autres, vise à sensibiliser le jeune public au sort des juifs d’Europe comme à l’expérience des camps de concentration. Le silence d’Henri amène Michel et son frère à chercher eux-mêmes les réponses.

Entretenir la mémoire

Le jeune spectateur d’aujourd’hui, qui partage peut-être la même ignorance relative, pourra s’identifier à leur quête. La mémoire vivante s’estompe avec la disparition des derniers témoins. Dans ce sillage menace l’oubli, comme en témoigne le succès croissant dans plusieurs pays des partis d’extrême-droite.

Malgré la gravité de son sujet, Les Secrets de mon père recèle tendresse (la complicité du père et du fils autour du dessin) et espièglerie, tout en relatant un double parcours de vie, hors du commun.

Véra Belmont adopte un graphisme "ligne claire". Si elle perd la facture plus personnelle de Michel Kichka, elle y gagne une lisibilité plus universelle avec la volonté didactique du projet. La réalisatrice fait preuve d’inspiration en intégrant d’authentiques photos lorsque Michel et son frère cherchent dans le bureau de leur père des traces de son passé ou les images télévisées du procès d’Adolf Eichmann en 1961, moment de justice capital et de revirement pour Henri Kichka.

Cette incursion du réel au milieu de l’animation, loin de créer une rupture, rappelle opportunément que ceci n’est pas une fiction.

Les Secrets de mon père De Véra Belmont Scénario Véra Belmont et Valérie Zenatti d'après la bande dessinée de Michel Kichka Avec les voix de Michèle Bernier, Jacques Gamblin et Arthur Dupont,… Durée 1 h 14

"Les secrets de mon père" : la face cachée d'Henri Kichka, grand témoin de la Shoah
©LLB