"Maria rêve": Karin Viard, touchante dans cette jolie comédie pleine de poésie

Ce film est porté par l’élégance de ses interprètes et le désir de croire en ses rêves.

Soigneuse et perfectionniste, Maria (Karin Viard) aime le travail bien fait, même si le sien n'a rien de très glamour, car voilà 25 ans qu'elle est femme de ménage. Ce travail n'est pas un choix, mais Maria y a trouvé du sens et une certaine éthique. "On rend leur intérieur beau et propre. On voit tout, on sait tout mais on ne dit rien, on est invisible, en fait et ça, j'aime bien" confie-t-elle.

Discrète et naïve, parfois malhabile, Maria est touchante dans sa simplicité. Et Karin Viard lui prête toute la douceur et la dignité nécessaires. Effacée face à son mari grognon, subissant sans broncher la rupture avec sa fille unique, Maria se réfugie dans la poésie dès qu’elle a un peu de temps.

Après le décès de sa patronne, elle trouve un nouveau poste à l'École des Beaux-arts, un univers qui la fascine par sa capacité à faire surgir l'imprévu et à transfigurer le quotidien, elle qui est prompte à s'émerveiller. Habituée à s'excuser d'être là, Maria découvre dans l'art plastique, une nouvelle façon de s'exprimer et d'être au monde. "Nous sommes tous des poèmes" proclame une pancarte dans l'enceinte de l'école et le moins que l'on puisse dire est que Maria y croit dur comme fer. D'autant qu'elle a aussi croisé la route d'Hubert (Grégory Gadebois), le gardien des lieux, débonnaire, facétieux et fan de rockabilly, dont l'humour la désarçonne.

Grégory Gadebois (Délicieux) en faux bougon et vrai charmeur et Karin Viard (Chanson douce) en poétesse réservée, le duo peut sembler inattendu mais il s'avère très convaincant. Lauriane Escaffre (nommée au César du meilleur court métrage pour Pile poil) et Yvonnick Muller, le duo de réalisateurs, également scénaristes, filme avec beaucoup de doigté et de retenue la complicité qui s'instaure entre ces deux êtres effacés dont la fantaisie ne demande qu'à s'exprimer. Ensemble, ils trouvent, à travers l'art, un nouvel espace de liberté et d'audace.

Il est urgent de croire en ses rêves

La caméra saisit leurs silences, leurs sourires et leurs regards complices, tout en créant une atmosphère pleine d'énergie et de fantaisie. L'un comme l'autre anonymes et un peu endormis, ne demandaient qu'à se rencontrer, à sortir de leur torpeur et à en être bousculés. Quant à Noée Abita (Les Passagers de la nuit), elle joue avec une parfaite ingénuité le rôle d'une troublante étincelle de vie, une étudiante au profil d'accélérateur de particules pour ces deux sages quadragénaires.

Avec une jolie dose d’imaginaire et de poésie, le film montre à quel point il est urgent de rêver : nous pouvons tous choisir un chemin moins balisé, plus subversif et inattendu qui nous permettra de nous épanouir vraiment. Que ce soit à travers les mots, les formes ou les couleurs.

Les amateurs de comédie romantique vont sans aucun doute fondre pour ce joli conte moderne en forme d’ode à la créativité - un long métrage qui a reçu le prix du public au Festival du film romantique de Cabourg -, les autres passeront sans doute leur chemin, à tort.

"Maria rêve" -Envole-toi De Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller - Scénario Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller - Avec Karin Viard, Grégory Gadebois, Noée Abita Durée 1h33

"Maria rêve": Karin Viard, touchante dans cette jolie comédie pleine de poésie
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