"Novembre" : il faut trouver les terroristes de Daech

Cédric Jimenez reconstitue sous la forme d’un thriller sobre la traque des auteurs des attentats du 13 novembre 2015.

Alain Lorfèvre

Concession commerciale oblige : l'affiche de Novembre isole la silhouette de Jean Dujardin, en posture de flic de polar. Paradoxe d'un film dont le parti est, à l'opposé, de rendre compte de l'effort collectif de la plus vaste enquête antiterroriste menée en France (et ailleurs…). Pas de mystère : il est ici question des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Rappel important en préambule : le scénario est "librement inspiré" des faits et le film est "fiction".

On crédite le réalisateur Cédric Jimenez et le scénariste Olivier Demangel de s’abstenir de toute reconstitution des attentats pour une approche pudique. Ceux-ci sont vécus du point de vue des hommes et femmes de la sous-direction antiterroriste (SDAT), rappelés alors que l’ampleur des faits apparaît dans toute son horreur. Le montage suggère le chaos, les incertitudes, le flot d’infos, la mise en place des cellules de crise et des enquêtes…

Jimenez est un habitué des univers policiers - de La French à Bac Nord - même s'il se défend de toute fascination. Il convoque les codes du thriller pour relater les cinq premiers jours d'enquête, course contre-la-montre menée pour retrouver les survivants des commandos alors que l'on redoute d'autres actions.

Les enquêteurs sont fictifs alors que les noms des terroristes bien réels - au premier rang desquels les figures de Salah Abdeslam et Abdelhamid Abaaoud. Le second, pivot et coordinateur des attaques, hante tout le film, qui s’ouvre par l’échec de son arrestation à Athènes le 17 janvier 2015.

Échos du réel

Le film n'apprendra rien à ceux qui ont suivi le récent procès sur les attentats de Paris. On y reconnaîtra même entre les lignes certains protagonistes. Fred, le commissaire incarné avec sobriété par Jean Dujardin, évoque notamment l'anonyme SDAT 99, qui a témoigné lors du procès des attentats, à Paris.

Il y aussi Sonia, informatrice volontaire et décisive. Lyna Khoudri apporte une épaisseur touchante à cette jeune femme, qui se débat entre la peur et le devoir civique, confrontée aussi au soupçon des enquêteurs. Son modèle, précisons-le, s'est offusquée qu'on lui fasse porter le voile dans le film. Face à elle, Anaïs Demoustier offre un autre conflit moral.

Ces deux figures s’inscrivent dans la volonté manifeste des auteurs de rendre hommage à celles et ceux qui se sont mobilisés dans un moment de crise et de traumatisme. Le récit de ces cinq jours décisifs les dédouane de failles ou échecs dus à la complexité de la lutte contre le terrorisme mondialisé.

L'assaut final du RAID, suivi en direct depuis une cellule de crise, est filmé dans un chaos qui justifie les zones d'ombre que conserve l'assaut réel. Cette scène fait écho à celle de l'assaut de la retraite d'Oussama Ben Laden dans Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow. Comme pour ce dernier, l'intérêt purement cinématographique ou historique de Novembre reste à démontrer malgré une efficacité indéniable.

Novembre De Cédric Jimenez Scénario Olivier Demangel Avec Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Sandrine Kiberlain, Lyna Khoudri, Jérémie Renier,… Durée 1h40

"Novembre" : il faut trouver les terroristes de Daech
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