"Vous n’aurez pas ma haine" : l’honneur d’un père face à l’horreur du 13 novembre

Pierre Deladonchamps incarne Antoine Leiris dans l’adaptation du livre de cet époux endeuillé par le terrorisme.

Pierre Deladonchamps incarne Antoine Leiris dans "Vous n'aurez pas ma haine" de Kilian Riedhof.
Pierre Deladonchamps incarne Antoine Leiris dans "Vous n'aurez pas ma haine" de Kilian Riedhof. ©HAUT ET COURT

Le 16 novembre 2015, trois jours après les attentats de Paris, Antoine Leiris publiait une lettre ouverte sur Facebook, publiée le lendemain dans Le Monde. “Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine” y écrivait cet ancien journaliste, dont la femme, Hélène, 35 ans, a été assassinée au Bataclan. Antoine Leiris promettait aussi que leur fils, âgé de 17 mois au moment de l’horreur, aurait “l’affront d’être heureux et libre”.

Réaction digne et respectable, sursaut de survie, qui a valu à son auteur de nombreuses manifestations de soutien et une brève mais intense fièvre médiatique, écho de l’émotion provoquée par les attentats.

Après un livre, la profession de foi d’Antoine Leiris devient film, réalisé par Kilian Riedhof avec Pierre Deladonchamps dans le rôle du mari éprouvé.

L’annonce des attentats, l’angoisse du doute mêlée au vain espoir ouvrent le film – contrepoint frappant au récent Novembre de Cédric Jimenez qui couvre les mêmes événements, mais du point de vue policier.

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Suit la chronique de ces journées où un mari affronte la perte de l’être aimé, résiste à la peur et la haine, donc. Il doit, aussi, accompagner un enfant en trop bas âge que pour comprendre la disparition soudaine de sa mère. La charge émotionnelle est garantie…

“Des gens pensent que vous êtes un héros” lance un journaliste à Leiris. Lequel refuse d’endosser ce titre. “Je suis juste un homme normal qui essaie de faire face à la mort de la femme qu’il aime” répond-il.

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Plus tard, alors qu’il est plus préoccupé par les réactions sur sa page Facebook que par le choix du cercueil pour les funérailles de sa femme, sa belle-sœur doit lui rappeler qu’elle a perdu une sœur et que sa mère a perdu sa fille. “Il n’y a pas que toi” crie-t-elle dans sa propre douleur.

Reproche qui renvoie au paradoxe induit par le pouvoir d’identification du cinéma : à épouser exclusivement le point de vue d’Antoine, le film réduit les événements à sa seule personne là où ses mots avaient une portée universelle.

Vous n’aurez pas ma haine Réalisation : Kilian Riedhof – Scénario : Jan Braren d’après l’œuvre d’Antoine Leiris. – Avec Pierre Deladonchamps, Zoé Lorio, Christelle Cornil, Anne Azoulay… 1h43

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étoiles Arts Libre cinéma ©LLB