"Bones and All": Thimothée Chalamet dans une romance cannibale quatre étoiles

L’Italien Luca Guadagnino impressionne avec un sublime drame romantique et gore à la fois. Porté par deux comédiens charismatiques. Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise.

Après A Bigger Splash, son remake de La Piscine avec Tilda Swinton et Matthias Schoenaerts, en 2015 et Suspiria, son remake du classique de Dario Argento trois ans plus tard, Luca Guadagnino retrouvait la compétition de la Mostra de Venise en septembre dernier, où il a décroché le prix de la mise en scène pour Bones and All, adaptation électrisante du roman de l’Américaine Camille DeAngelis, à nouveau un film d’horreur, où le cinéaste réussit un pari osé : faire cohabiter gore et romantisme ! Où il retrouve la jeune star franco-américaine Thimothée Chalamet, qu’il avait révélée dans Call Me by Your Name en 2017.

Romance gore

Alors qu’elle vient d’avoir 18 ans, Maren (excellente Taylor Russel) est abandonnée par son père au milieu des années 1980. Celui-ci ne supporte plus de devoir couvrir les agissements de sa fille, aux irrésistibles penchants cannibales. Sa dernière victime est une camarade lycée, qui l’a invitée à une soirée pyjama et à qui elle a… dévoré le doigt ! Laissée seule dans un bled du Maryland, la jeune fille se met à la recherche de sa mère, qu’elle n’a jamais connue et dont elle sait juste qu’elle est née dans une petite ville du Minnesota. Dans son périple, Maren va croiser la route d’autres "mangeurs" frappés du même instinct irrépressible qu’elle. Tout d’abord Sully, un vieil excentrique (campé par un irrésistible Mark Rylance), puis le beau Lee (Thimothée Chalamet), jeune marginal dont elle tombe immédiatement amoureuse…

Inclassable, Bones and All part d’une prémisse de film d’horreur, ne renonce pas au gore — loin de là. Mais il ne se résume pourtant jamais à un classique film de cannibalisme, façon Grave de Julia Ducournau. Avec une grande élégance, Guadagnino relit ici le film d’apprentissage, abordant les grandes questions de l’adolescence ; comme le sentiment de différence, la découverte du sentiment amoureux, mais aussi le besoin de rompre avec sa famille pour mener sa propre existence et de trouver les personnes qui nous comprennent réellement.

Luca Guadagnino sur le plateau de "Bones and All".
Luca Guadagnino sur le tournage de "Bones and All". ©Warner

Road-movie sanglant

Magnifiquement mis en scène, porté par une chouette bande-son eighties (de Kiss à New Order), Bones and All est construit comme un road-movie classique, retraçant l’errance de deux rebelles à travers l’Amérique profonde. Le film est ainsi chapitré par les diminutifs des États que traverse l’héroïne, de la Virginie au Minesotta, en passant par le Nebraska ou le Kentucky. Filmant avec bonheur les paysages et les petites villes de l’Americana, Luca Guadagnino convoque l’écho de tout un pan du cinéma indépendant américain des années 1970 et 1980 et parvient ainsi à rendre acceptable aux yeux du spectateur ce qui relève pourtant du tabou ultime : des êtres humains se nourrissant de la chair de leurs semblables.

Porté par Taylor Russel (jeune actrice canadienne vue notamment dans le très mauvais Escape Room en 2019) et Thimothée Chalamet – la star hollywoodienne de Dune démontre une nouvelle fois ici qu’elle n’a pas peur de faire des choix audacieux –, deux acteurs pleins de charme et aux visages innocents, Bones and All n’en est que plus délicieusement pervers. Mais toujours profondément romantique, jusque dans l’ultime scène du film, d’une sanglante beauté.

Un romantisme que l’on retrouvera prochainement dans la suite de Call Me by Your Name de Luca Guadagnino, toujours avec Thimothée Chalamet, mais sans Armie Hammer, dont la carrière a été stoppée nette, notamment à cause d’accusations de… cannibalisme.

Taylor Russell et Timothée Chalamet, réunis dans "Bones and All" de Luca Guadagnino.
Maren (Taylor Russell) et Lee (Timothée Chalamet), les héros romantiques et affamés de chair humaine de "Bones and All". ©Warner

Bones and All Drame De Luca Guadagnino Scénario David Kajganich (d’après le roman de Camille DeAngelis) Photographie Arseni Khachaturan Musique Trent Reznor et Atticus Ross Montage Marco Costa Avec Taylor Russell, Timothée Chalamet, Mark Rylance, Chloë Sevigny… Durée 2h10

étoiles Arts Libre cinéma
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