Comment “Andor” révolutionne “Star Wars”

Les douze épisodes de la mini-série Disney + sont un traité sur l’oppression et les révoltes. Analyse (avec spoilers).

Diego Luna et Stellan Skarsgård dans "Andor".
Diego Luna et Stellan Skarsgård dans "Andor". ©Lucasfilm

Le dernier épisode de la série Andor a été mis en ligne mercredi 23 novembre sur Disney +. La mini-série Star Wars a respecté le cahier des charges que s’était fixé le scénariste et showrunner Tony Gilroy. Trop, peut-être, pour les puristes de la saga qui ne semblent pas avoir adhéré. Selon la médiamétrie de l’institut Nielsen, Andor est loin d’être un carton.

Tony Gilroy est réputé pour avoir écrit la trilogie Bourne, puis réalisé The Bourne Legacy en 2011. Il a également signé le scénario State of Play et réalisé le très acclamé Michael Clayton, avec George Clooney et Tilda Swinton. Enfin, le scénariste avait livré le script de Rogue One, une des spin-off de la saga Star Wars.

Pourquoi la nouvelle mini-série "Star Wars" est un pari audacieux

Andor en est une préquelle, consacrée au personnage Cassian Andor, dont l’acteur Diego Luna a repris le rôle. L’action se situe entre les épisodes III et IV de la saga. “Nous suivrons les succès et les échecs de la Rébellion et, surtout, les individus ordinaires qui sont entraînés dans des événements historiques qui les dépassent” nous promettait Tony Gilroy juste avant le lancement de la série en septembre.

En douze épisodes, Tony Gilroy a révélé une face méconnue de la galaxie si lointaine. Il nous la rend familière : exploitation des ressources et de la main-d’œuvre, appareil répressif, dévoiement des lois… “C’est la plus réaliste des productions Star Wars, selon Diego Luna. Elle parle de gens qui essaient de survivre et des origines de la rébellion.”

Lire notre entretien avec Diego Luna et Tony Gilroy

Exploitation de masse

On découvre d’abord la vie quotidienne dans un recoin oublié de l’empire galactique. Cassian y vit de petits trafics. Soupçonné d’un meurtre, il entre dans la clandestinité.

Gilroy en profite pour dépeindre la planète minière Ferrix dont les ressources sont exploitées à outrance, tel un pays du tiers-monde dont la population prolétaire serait exploitée par une corporation au profit de l’Empire.

Traqué par les agents de l’Empire, Cassian est recruté par le mystérieux Luthen (l’excellent et ambigu à souhait Stellan Skarsgård). Les trois épisodes suivants mettent en scène les préparatifs et la réalisation d’un casse audacieux sur la planète Aldhani.

"Andor" sur Disney+
Un homme traqué : Cassian (Diego Luna) dans "Andor". ©2022 Lucasfilm

Luttes de pouvoir

Ce segment, transposition du thriller Heat et de Star Wars, expose les liens troubles que des mouvements révolutionnaires entretiennent parfois avec le banditisme pour financer leurs actions. Hé oui, même dans le monde fantastique de Star Wars, les pistolets-laser et les chasseurs X-Wing doivent s'acheter comptant...

Parallèlement, la série développe la figure de Mon Mothma (Genevieve O’Reilly). Sénatrice impériale, elle espère garder les mains propres. Ses mouvements de fonds attirent toutefois l’attention et la forcent à aller de l’avant. Le fisc guette aussi sur Coruscan et les soutiens s'y négocient chèrement.

On assiste aussi aux luttes de pouvoir entre fonctionnaires ambitieux, bras armés de l’Empire. Le casse sur Aldhani attise leur zèle. Leur réaction sert les objectifs de l’Empire mais, aussi, Luthen. Il est conscient que seule la répression fédérera les divers mouvements de rébellion et suscitera l’adhésion des populations. Pas de lutte sans espions, traîtres, martyrs ni sacrifiés.

Des fonctionnaires zélés : Denis Gough dans le rôle de Dedra Meero dans "Andor".
Des fonctionnaires zélés : Denis Gough dans le rôle de Dedra Meero dans "Andor". ©Lucasfilm

Lois d’exception

À partir de la moitié de la série, des lois d’exception permettent à l’Empire de faire reposer sa croissance sur une main-d’œuvre carcérale toujours plus abondante. Qui a construit l'Etoile Noire à votre avis ? Le troisième quart de la série devient ainsi film de prison, avec révolte et évasion.

Enfin la dernière partie parachève ces prémices de la Rébellion. Sur Ferrix, l’injustice et les exactions provoquent une révolte. Ce n’est pas encore un “Nouvel espoir”, mais, symboliquement, Gilroy fait d’un hologramme géant le détonateur du soulèvement.

Clin d'oeil : la saga a commencé en 1977 avec le message par hologramme de la princesse Leia. La série se conclut avec celui d’une vieille femme, Maarva (Fiona Shaw), la mère adoptive de Cassian, qui met le feu aux poudres.

Maarva (Fiona Shaw) in a scene from Lucasfilm's ANDOR, exclusively on Disney+. ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.
Un hologramme qui met le feu aux poudres : Maarva (Fiona Shaw). ©2022 Lucasfilm

Un traité sur les révolutions

Au final, Tony Gilroy signe un petit traité fictionnel sur la genèse des révoltes.

Les allusions au fascisme ont toujours abondé dans l’univers Star Wars (voir les uniformes des officiers de l’Empire), mais Andor en décortique le fonctionnement. La puissance de l’Empire repose, comme celle de l’Allemagne nazie, sur l’exploitation effrénée des ressources naturelles par une main-d’œuvre asservie, surveillée par un appareil d’État sophistiqué et des fonctionnaires consciencieux.

George Lucas s’est toujours vanté de dépeindre dans ses films la lutte des humbles contre les puissants. Sauf que Luke Skywalker était l’héritier d’un ordre quasi aristocratique, un Élu – ce qui rejoint une certaine mythologie en vogue aux États-Unis, nouvelle Terre Promise des pèlerins protestants.

L'exploitation d'une main-d'oeuvre carcérale.
L'exploitation d'une main-d'oeuvre carcérale. ©2022 Lucasfilm

Point de vue des opprimés

Tony Gilroy se place du point de vue des opprimés. Comme Luthen, il ne se berce pas d’illusion. Cassian ne se rêve ni en héros ni en sauveur. C’est un solitaire, qui suit d’abord son intérêt. C’est après avoir subi une injustice qu’il intègre le collectif. Son désir est aussi de venger des êtres qui lui sont chers.

Dans son refus de la mythologie de l’héroïsme, Andor est une série révolutionnaire qui remet en question les fondements même de la saga à laquelle elle appartient. De quoi déstabiliser les fans, sans doute. Mais, aussi, de réjouir les exégètes.

Luthen Rael (Stellan Skarsgard) and Mon Mothma (Genevieve O'Reilly) in Lucasfilm's ANDOR, exclusively on Disney+. ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.
Fédérer la rébellion : Luthen Rael (Stellan Skarsgard) et Mon Mothma (Genevieve O'Reilly). ©2022 Lucasfilm