"Cow": Oh la vache, quel film !

Quand Andrea Arnold observe le monde et l’humanité à travers les yeux d’une vache, cela donne plus qu’un bon documentaire animalier : un grand film de cinéma.

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes en mai 2021, Cow a mis du temps avant de se faufiler jusque nos écrans. Voilà néanmoins un film à ne pas manquer !

Comme ses collègues russe Viktor Kosakovskiy avec Gunda (sur un cochon) et polonais Jerzy Skolimowski avec EO (film de fiction sorti la semaine dernière suivant les mésaventures d’un pauvre âne), la Britannique Andrea Arnold donne à voir, dans son dernier long métrage, le monde à travers les yeux d’un animal. En l’occurrence ceux de Luma, une brave vache laitière de la campagne anglaise. Alors qu’elle vient de donner naissance à un veau, celui-ci lui est quasi immédiatement enlevé par l’éleveur, qui le nourrit au lait en poudre. Le lait de Luma, lui, est destiné à l’alimentation humaine…

En quelques scènes froidement observées — du vêlage au cri de désespoir de la vache privée de son veau —, Cow résume toute l’absurdité du système de production de l’industrie agroalimentaire. Un système totalement… déshumanisé.

Documentaire naturaliste

Cinéaste anglaise formée à Los Angeles, Andrea Arnold a, dès Wasp (Oscar du meilleur court métrage en 2005), imposé un style très personnel. Prix du jury à Cannes pour Red Road en 2005, la Britannique s’imposait, quatre ans plus tard, avec le radical Fish Tank, sorte de Rosetta à l’anglaise sous tension, avec Latie Jarvis et Michael Fassebender, qui lui vaut un nouveau prix du jury cannois. Et même quand elle s’attaque à l’adaptation d’un classique comme Les Hauts de Hurlevent d’Emilie Brontë en 2011, la cinéaste le fait de façon très personnelle, en adoptant un style quasi naturaliste et en s’intéressant déjà de près à la nature pour exprimer la passion de ses personnages. Après le décevant American Honey en 2016 (et la saison 2 de Big Little Lies pour HBO), on retrouve avec bonheur Arnold au grand écran.

A priori simple portrait d’une vache, Cow parvient à bouleverser notre regard sur cet animal paisible, en nous faisant entrer en totale empathie avec lui, jusque dans une scène finale d’une rare puissance émotionnelle, totalement révoltante. “Ceci est l’histoire d’une réalité, celle d’une vache laitière, et un hommage à l’immense service qu’elle nous rend. Quand je regarde Luma, notre vache, c’est notre monde que je vois à travers elle”, se contente de dire Andrea Arnold à propos de son dernier film.

"Cow". Le bouleversant portrait d'une vache laitière, Luma, par la cinéaste britannique Andrea Arnold.
"Cow". Le bouleversant portrait d'une vache laitière, Luma, par la cinéaste britannique Andrea Arnold. ©Cherry Pickers

Un grand sens du récit

S’il ne se veut pas un plaidoyer pour le véganisme ou pour le bien-être animal, ce film subtil ne nous invite pas moins à relire, sous un autre jour, notre rapport à l’animal. Et ce en nous forçant à voir le monde à travers le regard de cette brave vache, grâce à une mise en scène précise, chirurgicale. L’être humain est quasiment toujours hors cadre dans Cow. Et quand il est présent, c’est de façon menaçante, à travers le bruit et le métal de ses machines, jamais à travers un visage bon et souriant. La cinéaste préfère les gros plans pour appréhender au plus près son sujet, qu’elle parvient à transformer en une véritable héroïne, grâce à un sens sidérant du récit.

Un point de vue radical qui fait de ce cinquième long métrage d’Andrea Arnold, non pas un banal documentaire animalier, mais un grand film de cinéma !

"Cow". Le bouleversant portrait d'une vache laitière, Luma, par la cinéaste britannique Andrea Arnold.
"Cow". Le bouleversant portrait d'une vache laitière, Luma, par la cinéaste britannique Andrea Arnold. ©Cherry Pickers

Cow Documentaire Scénario et réalisation Andrea Arnold Photographie Magda Kowalczyk Montage Rebecca Lloyd, Jacob Schulsinger et Nicolas Chaudeurge Durée 1h34

étoiles Arts Libre cinéma
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