"Le Lycéen" : portrait du jeune homme en feu et en deuil

”Je m’appelle Lucas et ma vie est devenue une bête sauvage que je ne peux plus approcher sans qu’elle me morde. Tout dans ma tête a l’air d’une menace.”

Face à la caméra, le début du Lycéen est frontal. Les raisons de cet état d’esprit de Lucas (Paul Kircher) sont vite révélées et puisent dans le passé du réalisateur Christophe Honoré : la mort soudaine du père.

Elle survient alors même que l’adolescent de 17 ans est à la croisée des chemins – celles de la découverte de sa sexualité et des choix concernant son avenir.

Les jours qui suivent sont pénibles, avec les écueils et maladresses qui accompagnent les décès inopinés : paroles qui se veulent réconfortantes mais maladroites, discussions familiales déplacées, sursauts affectifs,… L’incompréhension et la douleur le disputent à la colère ou la rébellion, aux côtés d’une mère (Juliette Binoche) et d’un frère aîné, Quentin (Vincent Lacoste).

Ce dernier propose à Lucas de venir une semaine chez lui à Paris. Le deuil devient découverte, fuite en avant, dérive,…

Plaire, aimer et courir vite (2018) était déjà, pour Christophe Honoré, un retour sur ses années de jeunesse, dans le Paris des Nuits fauves.

À lire : Christophe Honoré, chronique d’amour et de mort

Le réalisateur creuse une veine similaire. Eros et Thanatos se disputent à nouveau les faveurs d’un jeune homme en construction. Mais Christophe Honoré s’affranchit encore plus de l’autobiographie au profit du romanesque en projetant Lucas de nos jours.

Les enjeux diffèrent, notamment concernant la sexualité, plus libre et affichée, mais traitée à l’aune d’une forme de consumérisme aliéné. Le récit est fragmenté, procède par bond, suivant les impulsions erratiques de Lucas. Le réalisateur assume, au risque de déstabiliser, les contradictions de cet adolescent cousin de celui de Dostoïevski.

Paul Kircher confère à Lucas le parfait mélange d’innocence, d’effronterie et de fleur de peau. Tantôt agaçant, tantôt émouvant, toujours à l’aune des sentiments confus du personnage. On peut imaginer que l’ado Christophe d’hier alias Lucas dialogue avec l’adulte d’aujourd’hui qui est peut-être moins le frangin Quentin (Lacoste était déjà l’alter ego du réalisateur dans Plaire, aimer…) que Lilio, son coloc (Erwan Kepoa Falé).

Il aura fallu que le dernier trouve les mots justes pour que le premier puisse s’exprimer. Ou la mort et l’amour comme espaces de transition et de transmission.

Le Lycéen Drame De Christophe Honoré. Scénario : Christophe Honoré. Avec Paul Kircher, Vincent Lacoste, Erwan Kepoa Falé, Juliette Binoche,… 2h02

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étoiles Arts Libre cinéma ©LLB