"Maestr(o)s" : Yvan Attal et Pierre Arditi, chefs d'orchestre en désaccord majeur

Bruno Chiche s’offre un joli duel d’acteurs, en père et fils rivaux de la baguette.

Yvan Attal, à la baguette, dans "Maestro(s)" de Bruno Chiche.
Yvan Attal, à la baguette. ©Vendôme films

Denis Dumar (Yvan Attal), chef d’orchestre, reçoit une Victoire de la musique. Il remercie son ex-femme (et agent), fait un clin d’œil à sa maîtresse, future première violoniste, salue son fils et son père, François (Pierre Arditi), absent.

Si chez les Dumar, on manie la baguette de père en fils, ce n’est pas l’harmonie pour autant. Entre Denis et François, les fausses notes d’une vie de rivalités et de soufflets sont nombreuses.

Entretien avec Pierre Arditi : "“Au théâtre, l’acteur est roi. Au cinéma, l’acteur est un pion.”

Erreur sur la personne

Quand l’assistante du surintendant de la Scala de Milan se trompe et offre le poste de chef principal et directeur musical au mauvais Dumar, ça vire à la cacophonie en désaccord majeur. Mais à quelque chose, quiproquo est bon : les deux maestros vont devoir épuiser leur dissonance pour raccorder leurs violons.

Bruno Chiche n’est pas un metteur en scène de grande symphonie. Mais, honnête soliste, il joue sa petite musique de comédie dramatique intergénérationnelle avec méditation sur l’ambition et la transmission. C’est dans l’air du temps d’un cinéma au public vieillissant.

Premiers violons

Avantage : Chiche trouve en Attal et Arditi deux premiers violons des plus honnêtes. Solistes de première classe, les deux comédiens savent aussi jouer de concert, sans se faire de l’ombre. Le second, notamment, décline sans fausse note la partition du père frustré d’une vie de rêve inassouvie et de non-dits.

Autour d’eux se déploie un bel aréopage, jusqu’à Nils Othenin-Girard, l’ado en vue du ciné français, ou le toujours imposant, en deux temps, trois mouvements, André Marcon. Les personnages secondaires éclairent ici les failles des deux maestros. Ils les mènent non pas à la baguette mais piano et à bon port.

La partition du film se décline en trois mouvements complémentaires : déraison, ressentiment et symphonie.

Maestro(s) De : Bruno Chiche. Scénario : Joseph Cedar, Bruno Chiche. Avec Yvan Attal, Pierre Arditi, Miou-Miou, Pascale Arbillot, Caroline Anglade,… 1h28

étoiles Arts Libre cinéma
étoiles Arts Libre cinéma ©LLB