"The Stranger" : angoisse sourde, récit captivant, l’enquête du siècle en Australie

Joel Edgerton fait face au méchant de “Mission Impossible” dans ce thriller.

Dès les premières secondes de The Stranger, Thomas M. Wright nous signifie que nous regardons une œuvre pensée pour le cinéma. Rappel utile et denrée rare dans l’air streamé du temps. L’acteur australien, vu notamment dans Top of the Lake de Jane Campion, signe avec ce deuxième film un thriller envoûtant.

Des paysages hypnotiques (une montagne dans la brume, des cimes d’arbres) défilent tandis que des sons contradictoires (voitures sur un pont) nappent la bande son. Une voix off intime à respirer, à surmonter sa peur en pleine conscience. D’entrée de jeu, nous sommes déstabilisés, comme le seront les protagonistes.

Face à la caméra de Wright, on reconnaît à peine ses deux compatriotes en pause de leur carrière hollywoodienne de seconds couteaux affûtés : Joel Edgerton (Red Sparrow, The Underground Railroad, Obi-Wan Kenobi) et Sean Harris (l’antagoniste glaçant des deux derniers Mission Impossible).

Blokes barbus dans le bush

Derrière leur barbe abondante de blokes du bush australien, les deux acteurs livrent une composition millimétrée. Harris incarne Henry. Il entame la conversation avec un inconnu, Paul (Steve Mouzakis), lors d’un trajet nocturne en bus.

Les deux hommes, qui ont connu des jours meilleurs, se rendent dans le nord de l’Australie, manifestement pour repartir à zéro. Paul introduit Henry dans un réseau où l’on trafique passeports et armes.

Henry est confié à la supervision de Mark (Edgerton). La seule requête du nouveau venu est de ne pas devoir recourir à la violence. Parce qu’il a fait de la prison pour agression, confie-t-il.

Comme lui, n’en disons pas plus sauf que l’intrigue intègre bientôt un flic infiltré et l’enquête sur une disparition et un assassinat survenus des années plus tôt.

Adapté d’un livre et inspiré de faits réels, The Stranger refuse les effets faciles. Le récit, tortueux mais captivant, ne dévoile que progressivement ses tenants et aboutissants, parfois de manière abrupte.

Désert moral

Thomas M. Wright distille une angoisse sourde. Henry et Mark croisent des figures dont on n'est jamais sûr du statut. On s’attend au pire à chaque instant. À la nature, somptueuse mais hostile, répondent des décors urbains impersonnels et décrépits.

Tous les personnages (malfrats, flics, tueur) sont des âmes errantes dans un désert moral où la dissimulation est la règle : pour commettre ses méfaits, échapper à la justice mais, aussi, pour la faire.

Si des éléments de mystère sont rapidement et volontairement éventés, les zones d’ombre subsistent. D’Henry, la focale se porte bientôt sur Mark.

Symbiose schizophrénique

Edgerton, également producteur du film, compose un personnage complexe. Derrière son visage impassible, émergent ses angoisses, ses doutes, son lien ambigu avec Henry.

Une des versions de l'affiche du film forme un visage composite à partir de ceux d’Henry et Mark. Elle suggère la symbiose schizophrénique entre deux protagonistes que tout oppose, réunis par la fatalité.

Vu d’une Belgique où le caractère aléatoire des procédures policières interroge parfois, les méthodes et les moyens déployés dans le film peuvent paraître incroyables.

Thomas M. Wright les dévoile avec un sens consommé de l’atmosphère et de la mise en scène. Sa nature de true crime n’en rend ce thriller, qui déjoue les stéréotypes, que plus fascinant.

The Stranger Thriller – De Thomas M. Wright. – Scénario : Thomas M. Wright. Avec : Joel Edgerton, Sean Harris, Ewen Leslie, Jada Alberts,… 1h56

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