"Dégueulasse!" On ne peut qu'être d'accord avec le mot de fin du film "A bras ouverts", sorti mercredi en salles. Après le carton de "Qu'est-ce qu'on n'a fait au bon Dieu?", qui avait fait plus de 12 millions d'entrées en France en 2014, Philippe de Chauveron s'attaque donc cette fois aux Roms.

A l'époque, on s'interrogeait déjà sur cette prétendue dénonciation du racisme ordinaire qui ne faisait, en fait, que réactualiser les clichés les plus éculés sur les Juifs, les Arabes, les Noirs, les Asiatiques... Ici, c'est pire. "A bras ouverts" est non seulement une comédie franchouillarde d'une rare médiocrité et d'une épouvantable vulgarité - on est habitué - mais qui ne prend plus aucune forme pour faire rire grassement d'une minorité déjà largement stigmatisée. 

De Chauveron retrouve ici sa "fine" équipe. Ary Abitan joue un Rom qui prend au mot un intellectuel parisien bien-pensant (Christian Clavier, qui se donne des airs de BHL), pour installer sa caravane et sa famille dans le jardin de sa luxueuse propriété. Et c'est parti pour une heure et demie d'un portrait repoussant des Roms, qui sont bêtes, laids, sales, voleurs, alcooliques, fainéants, incultes, violents, s'exprimant en petit nègre... On est au bord de l'indigestion.

Pourtant, dans la salle, un public exclusivement blanc, de tous âges, rit à gorge déployée face à cette comédie qui affiche son racisme en étendard.

Le scandale n'est pas seulement que Philippe de Chauveron s'attaque à une cible facile - les Roms sont attaqués de partout, jusque par l'ancien Premier ministre Manuel Valls qui, sur les ondes publiques, estimait en 2013 que "les Roms ont vocation à revenir en Roumanie et en Bulgarie" -, c'est surtout qu'il contribue, à même pas trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, à diffuser sur des centaines d'écrans les idées les plus rances.

Car qu'on ne s'y trompe pas: "À bras ouverts" fait ouvertement le jeu du Front national, en reprenant une par une toutes les cibles: les Roms, les étrangers, la gauche bobo hypocrite, les PD, l'art contemporain, les féministes... En ne riant par contre jamais du brave Français raciste...