Le dernier des cinq jours du bref et numérique 71e Festival de Berlin a encore réservé de belles découvertes. Notamment A Cop Movie d’Alonso Ruizpalacios, qui a reçu le prix de la meilleure contribution artistique pour le monteur du film, Yibrán Asuad.

Un prix amplement mérité pour une œuvre qui réussit la prouesse de réinventer la forme éculée et surexploitée de la docu-fiction, consacrant enfin sous une forme cinématographique le mariage, toujours difficile, entre fiction et documentaire.

Une longue quête

De longue date – disons depuis La Cité sans voile de Jules Dassin (1948), le cinéma policier (ou le polar) a essayé d’intégrer la réalité du quotidien des policiers confrontés à la violence physique et sociale des grandes villes. Les années 1970 et le Nouvel Hollywood sont passés par là (French Connection de William Friedkin, Serpico de Sidney Lumet). Puis le spectre s’est déplacé des États-Unis vers d’autres territoires (La Cité de Dieu de Fernando Meirelles, Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois).

Entre-temps, le documentaire a cherché à approcher cette réalité de l’intérieur (Law and Order de Frederick Wiseman, dès 1969) avant que la télévision ne cherche la synthèse par la fiction (de Hill Street Blues à The Wire) ou ne joue la carte du spectaculaire avec les équipes de télévision embarquées de la série de docu-réalité Cops (1989-2020) dont l’esthétique a déteint sur tout un pan du cinéma hollywoodien.

Synthèse

Le Mexicain Alonso Ruizpalacios accomplit la synthèse tout en proposant une nouvelle forme. Que celle-ci soit au service d’une coproduction Netflix – qui use et abuse des séries policières de fiction ou documentaire – est aussi un signe des temps. Ruizpalacios a notamment œuvré sur la série Narcos, son directeur de la photographie, Emiliano Villanueva sur The Zone.

Alonso Ruizpalacios brouille volontairement les pistes dès le début du film : plan séquence en caméra subjective depuis l’habitacle d’une voiture de police dans les rues de Mexico City.

On suit les échanges de Teresa (Mónica Del Carmen), une patrouilleuse avec le central. En voix off, celle-ci commence bientôt à nous raconter sa vie, son parcours, depuis qu’enfant, elle rêvait d’entrer dans la police sur les traces de son père. On passe ensuite à son compagnon, Montoya (Raúl Briones), agent de sécurité.

À chaque fois, le dispositif mêle image prise sur le vif, commentaires (parfois off, parfois face caméra), scènes apparemment reconstituées. On ne sait, au fil des cinq chapitres qu’on évitera ici de trop dévoiler, où est la réalité, où est la fiction, où commence le film, où s’arrête le quatrième mur, qui joue, qui ne joue pas…

On suit des acteurs qui prétendent être des flics, qui s’entraînent comme et avec des flics, puis se mêlent à des vrais flics jouant leur propre rôle.

Nouvelles libertés

Ce dispositif hybride permet de nouvelles libertés. Lorsque Teresa conte la fusillade dont son père fut victime dans l’exercice de ses fonctions, elle est assise à l’arrière de la voiture de police, puis soutient son père blessé, avant de conduire elle-même le véhicule qui l’emmène à l’hôpital. La reconstitution n’en est que plus poignante.

La forme pourrait être un exercice style si elle n’était au service de la peinture d’une réalité : la violence endémique de Mexico City. Alonso Ruizpalacios convoque un vaste patchwork de références cinématographiques – toutes ancrées dans le genre policier – jusqu’aux musiques de Lalo Schiffrin (auteur de la légendaire partition de Bullit) – inventant un genre nouveau dont on pensait avoir vu toutes les formes possibles.

A Cop Movie/Una película de policías Méta-polar D’Alonso Ruizpalacios Scénario Alonso Ruizpalacios, David Gaitán Photographie Emiliano Villanueva Avec Mónica Del Carmen, Raúl Briones,… Durée 1h57