Irréductible à l’écran comme dans les pages de la bande dessinée, Astérix a de la ressource. Après son adaptation du "Petit Nicolas", Laurent Tirard revient aux sources de ce pilier de l’œuvre de Goscinny (et Uderzo). L’univers de carton-pâte est assumé, le jeune public ouvertement choyé et ce, même si après Christian Clavier et Clovis Cornillac, c’est Edouard Baer - un acteur plus populaire auprès des adultes - qui endosse les moustaches et casque à plumes du héros.

Côté scénario, on mêle deux albums, "Astérix chez les Bretons" et "Astérix et les Normands". César (Fabrice Luchini, savoureux) parti envahir la Britannie, la reine des Bretons (Catherine Deneuve digne même quand ses yorkshires se font aplatir par un jet de pierre) envoie son fidèle Jolitorax (Guillaume Gallienne) quérir l’aide des irréductibles Gaulois. Astérix et Obélix sont chargés de l’accompagner avec un tonneau de potion magique. Ils prennent avec eux le neveu d’Astérix, Goudurix (Vincent Lacoste, en (sale) beau gosse antique).

Il importe surtout d’alterner gags cartoonesques (on use et abuse des effets numériques hénaurmes) et numéros d’acteurs. On prend plaisir à découvrir Bouli Lanners et Dany Boon en Normands Grosbaf et Tetedepiaf. Lacoste manque de peu, comme Jamel naguère, de ravir la vedette aux principaux intéressés. Surtout, Valérie Lemercier crève l’écran en Madame MacIntosh, gouvernante pincée et outrée de la grossièreté de tous ces envahisseurs, qu’ils soient Romains, Gaulois ou Normands. Mais, vingt siècles avant Kubrick et Anthony Burgess, elle sait comment les rééduquer. Au passage, entre les inquiétudes d’Astérix et d’Obélix, soudain troublés d’être "deux garçons qui vivent avec un chien", et les activités de joli cœur de Goudurix, le film devient presque "A nous les petites Bretonnes" Comme dans la BD, les Bretons s’expriment "à l’envers", avec un accent anglais de cuisine - du petit-lait dans l’eau chaude de Lemercier et Galienne.

Moins bling bling que le précédent opus, moins référentiel que "Mission Cléopâtre", ce quatrième épisode cherche de nouvelles marques. Si l’on considère que le public cible est clairement plus jeune que dans les précédents, la potion prend. Sans être résolument magique, toutefois.

Réalisation : Laurent Tirard. Avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Valérie Lemercier, Guillaume Gallienne, Vincent Lacoste, 1h49.