James Gray change de registre mais pas de thématique, dans un film de science-fiction à l’intersection entre intime et métaphysique.

On l’attendait en mai à Cannes, c’est à la 76e Mostra de Venise qu’a été dévoilé, il y a une quinzaine de jours, le très attendu Ad Astra de James Gray. Le film a divisé le Lido, certains criant au génie, d’autres se montrant nettement moins enthousiastes. Et s’en est finalement retourné bredouille, absent du palmarès.

Dans un futur relativement proche, Ad Astra met en scène Roy McBride (Brad Pitt), un brillant astronaute de l’armée américaine chargé d’une mission top secrète. Suite à de graves bouleversements électromagnétiques menaçant de détruire toute vie sur Terre, cet homme taiseux et solitaire est chargé d’entrer en contact avec l’équipage du Projet Lima, disparu une quinzaine d’années plus tôt aux confins du système solaire, en orbite autour de Neptune. Cette mission de recherche de formes d’intelligence extraterrestre était dirigée par le père de McBride (Tommy Lee Jones)…


Aventures intimes

Depuis l’envoûtant The Lost City of Z en 2016, on connaît le goût de James Gray pour le cinéma d’aventures. Mais, cette fois encore, le genre n’offre ici qu’un environnement visuellement très riche pour accueillir un récit très intimiste. Comme à la fin de son film précédent, le cinéaste américain met en scène dans Ad Astra un fils sur les traces d’une figure paternelle ayant tourné le dos à sa famille pour poursuivre une quête obsessionnelle.

Par ce thème de la filiation et le choix du genre -, Gray s’est fait connaître avec des polars intenses comme Little Odessa ou The Yards -, Ad Adstra appartient pleinement à la filmographie du cinéaste new-yorkais. Et dans la première heure, on sent celui-ci vraiment heureux de relire les codes de la science-fiction avec, par exemple, une étonnante course-poursuite en Rovers sur la Lune.

Mais à mesure qu’il avance, le film glisse vers la noirceur. Le cinéaste ne se contente pas en effet d’explorer les relations entre un fils et un père absent. Il tente de donner à son récit intimiste une profondeur métaphysique, en décrivant une humanité condamnée, pour sa survie, à se tourner vers les étoiles (Ad Astra), à la recherche d’un hypothétique signe divin ou venu d’une autre civilisation.

L’ombre encombrante de Terrence Malick

Encombré d’une voix off très lyrique de Brad Pitt - qui semble se croire à nouveau dans The Tree of Life de Malick -, le film se montre par moments un peu grandiloquent pour faire passer le message, somme toute assez basique, de James Gray : pour résoudre ses problèmes, l’humanité ne peut compter que sur elle-même, sur ses forces et ses faiblesses, et non se tourner vers des chimères. Mais, porté par une mise en scène brillante et des effets spéciaux efficaces, Ad Astra reste un grand film hollywoodien intelligent et qui assume son ambition.

Après deux films très lourds en termes de production, on sera, ceci dit, content de voir James Gray revenir aux origines de son cinéma avec Armageddon Times, dans lequel il s’inspirera de ses souvenirs d’adolescence dans le quartier du Bronx à New York…

© D.R.

Ad Astra Drame spatial De James Gray Scénario James Gray & Ethan Gross Photographie Hoyte Van Hoytema Musique Max Richter Montage Lee Haugen & John Axelrad Avec Brad Pitt, Liv Tyler, Ruth Negga, Tommy Lee Jones, Donald Sutherland…. Durée 2h02.