"Mme Trappin, Trappu, Trappo… Que vous évoquent ces images ?", demande un médecin (Bouli Lanners) à sa patiente. "On dirait des fleurs", répond Suze Trappet (Virginie Efira). "Pas vraiment. - Si, on dirait un bouquet de soucis… - Là, on se rapproche…" Les nouvelles ne sont pas bonnes en effet pour la jolie coiffeuse, victime d’une maladie auto-immune qui lui dévore les poumons, conséquence d’une sur-exposition aux laques utilisées dans son salon.

Ne lui restant que peu de temps à vivre, Suze décide de tout faire pour tenter de retrouver le fils dont elle a accouché sous X, 28 ans plus tôt. Alors qu’elle a rendez-vous à l’agence de santé, elle assiste au suicide raté de M. Cuchus, Cuchis, Cuchas, alias JB (Albert Dupontel). Écœuré de se voir retirer le projet sur lequel il bosse depuis 18 mois, confié à des jeunes loups sortis des grandes écoles, cet informaticien spécialiste dans la cybersécurité a décidé de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail. Mais il se rate et blesse malencontreusement l’un de ses collègues… Suze décide d’enlever JB, pour qu’il l’aide, avec M. Blin, un archiviste aveugle (Nicolas Marié), à retrouver la trace de son fils…

La déshumanisation du monde

Trois ans après Au revoir là-haut, film esthétiquement très ambitieux sur la Première Guerre mondiale, Albert Dupontel est de retour avec une œuvre plus personnelle, dans la lignée de 9 mois ferme en 2013. On y retrouve le même thème de la parentalité et de la filiation (omniprésent dans son cinéma depuis Bernie), mais aussi la même tonalité assez grave dans la comédie.

Peuplé de personnages truculents (campés par une impressionnante collection d’acteurs, avec le petit clin d’œil habituel de Terry Gilliam), Adieu les cons tire sur à peu près tout ce qui bouge dans la société contemporaine, représentée ici par ces grandes boîtes et leurs open spaces totalement déshumanisés. Ce que raconte Dupontel, c’est en effet la revanche des sans nom (littéralement dans le film, où personne n’est capable de retenir le patronyme des deux personnages). La revanche d’anonymes décidant d’unir leurs forces pour retrouver leur fierté, leur humanité. Et ce au travers de la quête éperdue d’un fils abandonné qui pousse les héros à entrer en révolte ouverte contre toutes les formes d’autorité : les petits supérieurs hiérarchiques, l’administration, la police (qui en prend pour son grade, notamment dans une scène finale époustouflante !)…

Refus du cynisme

Si on n’est pas loin, sur le fond, du récent Effacer l’historique de Kervern et Delépine, le ton est moins enlevé. Dédié au Monty Python Terry Jones, décédé l’année dernière, Adieu les cons est, comme toujours chez Dupontel, un film anarchiste, qui fait exploser les convenances cinématographiques en sautant d’un genre à l’autre. Adieu les cons est surtout porté par un regard très amer, pour ne pas dire désespéré, sur le monde. Si l’on sourit par moments des situations grotesques mises en œuvre, Dupontel n’est pas à la recherche du gag à tout prix. Il tente plutôt de nous plonger dans son univers, mélancolique, nostalgique, voire foncièrement dépressif. Comme si, face à l’évolution à marche forcée du monde, le seul combat qu’il restait à mener n’était pas d’essayer de changer une société devenue folle, mais de conserver sa dignité pour ne pas sombrer avec elle. Malgré son titre, Adieu les cons est en effet tout sauf un film cynique. C’est un film qui magnifie les liens humains… Un grand film libertaire, à la fois radical et touchant.

Adieu les cons Comédie libertaire Scénario & réalisation Albert Dupontel Photographie Alexis Kavyrchine Avec Albert Dupontel, Virginie Efira, Nicolas Marié, Jackie Berroyer, Bouli Lanners… Durée 1h27.

© DR