Méconnues les cinématographies d'Afrique le sont dans leur ensemble. Seuls quelques noms émergent sur la scène internationale, toujours les mêmes: Idrissa Ouedraogo, Abderrahmane Sissako, Raoul Peck, Sembène Ousmane...

Loin de l'Afrique calebasse

Plus rares sont ceux qui peuvent citer quelques «monstres sacrés» tels Djibril Diop Mambéty, Gaston Kabore ou Souleymane Cisse, ou des réalisateurs chevronnés aux prises avec un réel éloigné de l'Afrique dans sa version «baobab et calebasse» qu'affectionne parfois trop la scène internationale... Un réel actuel et âpre auxquels des réalisateurs comme Ramadan Suleman («Zulu love letters»), Zeze Gamboa («Un héros»), Mostefa Djadjam («Frontières») ou Jean-Marie Téno («Le malentendu colonial») - évoquant les secousses post-apartheid, la reconstruction après la guerre, l'immigration clandestine ou les plaies de la colonisation -, sont bien décidés à se frotter.

Résolue à permettre à cette diversité de s'illustrer sur nos écrans, «Afrique Taille XL» mettait sur pied l'an dernier son premier rendez-vous des cinémas d'Afrique en plein coeur du quartier Matonge (Ixelles). Revisitant, avec succès, la tradition d'ouverture sur le continent noir.

Bien campée sur ses deux pieds, «Afrique taille XL» aborde son an II avec raison et passion. Raison, en proposant un menu éclectique et thématique puisant aux forces du passé tout en pariant sur de marquantes nouveautés (avec l'essor du documentaire et la vitalité sud-africaine).

Passion, en offrant un lieu de rencontre mieux adapté à son public. L'an dernier, le cocon du Théâtre Mercelis (130 places au compteur) n'avait pas toujours su accueillir les aspirations d'un public heureusement mêlé. Un deuxième lieu, récemment rouvert au public, est donc investi avec enthousiasme: le Théâtre Molière qui permettra une rencontre prolongée entre public et cinéastes. Une vingtaine de réalisateurs sont attendus en terre ixelloise entre le 19 et le 22 avril.

Nul doute qu'il y aura matière à débat au vu d'une programmation (plus de 50 films) qui propose le meilleur de l'Afrique «exportée», avec AfriCannes qui revient sur les six films africains sélectionnés dans le plus prestigieux des festivals planétaires, mais aussi le meilleur de l'Afrique «introspectée» avec sa section «Goûter au réel » faisant la part belle au documentaire, genre en pleine expansion.

De la fiction au réel, de l'Afrique sublimée à la crue (lle) réalité, «Afrique taille XL» se nourrit à toutes les sources du continent: Egypte, Maroc, Sénégal, Burkina Faso, Bénin, Cameroun, Afrique du Sud, Congo...

A ces deux axes de programmation répondent deux types de séances spéciales: les matinées scolaires et l'après-midi du samedi réservé à huit courts métrages, façon originale de goûter à la multiplicité des regards africains. Une séance qui pourra, au choix, servir d'initiation ou de complément d'information.

La création de demain

Evitant un énième débat sur les difficultés endémiques de la création en et hors terre africaine, les organisateurs d'«Afrique taille XL» proposent également cette année une conférence-débat consacrée aux «Esthétiques et thématiques des cinémas d'Afrique» où l'on pourra notamment entendre Olivier Barlet, spécialiste français des cinémas africains, vendredi entre 14 et 18h. Un débat qui fait écho au souci de formation des professionnels du continent. Les festivals étant les lieux de toutes les découvertes et de tous les espoirs, il est heureux qu'on y songe davantage au fond plutôt qu'aux (seuls) moyens...

© La Libre Belgique 2006